25 août 2026
Fibre Excellence : comment Saint-Gaudens a échappé à la liquidation immédiate, et ce qui attend encore les 270 salariés
- Qu’est-ce qui sauve (pour l’instant) l’usine de Saint-Gaudens ?
- La dernière grande papeterie de pâte à papier de France
- Chronologie d’une procédure judiciaire sous tension
- Soprema, VPK, Engie : qui sont les repreneurs potentiels ?
- Pourquoi la Région et le Département mettent 10 millions d’euros sur la table
- Le contre-exemple de Tarascon, déjà en liquidation
- Ce que ce dossier dit de la réindustrialisation française
- Conclusion
- Rappel sur les limites de cet article
- Questions fréquentes
- Sources
🔍 Qu’est-ce qui sauve (pour l’instant) l’usine de Saint-Gaudens ?
Le 30 juillet 2026, le tribunal de commerce de Toulouse a accordé un délai supplémentaire à l’usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens plutôt que de prononcer sa liquidation immédiate, après le dépôt d’une lettre d’intention de reprise par le groupe alsacien Soprema. Les 270 salariés du site restent toutefois suspendus à l’examen des offres définitives, prévu le 8 septembre, pour savoir si la dernière grande papeterie de pâte à papier de France continuera de tourner.
🏭 La dernière grande papeterie de pâte à papier de France
Construite à la fin des années 1950 avec des capitaux américains dans le cadre du plan Marshall, l’usine de Saint-Gaudens (environ 80 kilomètres au sud-ouest de Toulouse, dans le Comminges) produit plusieurs types de pâte à papier à partir de bois local. Rachetée en 2010 par le groupe canadien Paper Excellence sous la bannière « Fibre Excellence », elle est aujourd’hui présentée par ses défenseurs comme le dernier site français de cette envergure encore en activité dans ce secteur.
L’entreprise emploie directement environ 270 personnes à Saint-Gaudens, mais fait vivre indirectement une filière forestière régionale entière — scieries, transporteurs, exploitants sylvicoles — dans un bassin d’emploi du Comminges déjà fragilisé par la désindustrialisation.
📅 Chronologie d’une procédure judiciaire sous tension
- 30 juillet 2026 — Le tribunal de commerce de Toulouse écarte la liquidation immédiate et accorde un délai, après la lettre d’intention de Soprema.
- 24 août 2026 — Date limite fixée pour le dépôt d’une offre de reprise formelle et complète.
- 8 septembre 2026 — Examen des offres à huis clos par le tribunal de commerce.
- 15 septembre 2026 — Échéance à laquelle la liquidation judiciaire pourrait être prononcée si aucune offre n’est validée.
🤝 Soprema, VPK, Engie : qui sont les repreneurs potentiels ?
Soprema est un groupe industriel alsacien spécialisé dans l’étanchéité, la couverture et l’isolation thermique des bâtiments, dirigé par Pierre-Étienne Bindschedler. Pour reprendre Saint-Gaudens, il s’est associé au groupe papetier belge VPK Group et à l’énergéticien Engie, chargé du volet énergie du site (la papeterie consomme d’importantes quantités de vapeur et d’électricité pour son procédé industriel).
La présidente de la Région Occitanie a estimé que « la décision du tribunal nous donne l’occasion de démontrer que la production de la pâte à papier a encore un avenir en France ».
Le projet porté par Soprema ne se limite pas au maintien de l’activité existante : il prévoit la création d’une nouvelle ligne de production dédiée à des panneaux isolants pour l’habitat, susceptible de créer une cinquantaine d’emplois supplémentaires sur le site — un pari sur la diversification plutôt que sur la seule survie de l’activité historique.
💰 Pourquoi la Région et le Département mettent 10 millions d’euros sur la table
Au-delà du dépôt de garantie de 2 millions d’euros versé par Soprema — présenté comme une possible avance sur le financement de l’investissement à venir — la Région Occitanie et le Département de la Haute-Garonne se sont chacun engagés à hauteur de 5 millions d’euros, soit 10 millions d’euros d’argent public mobilisés pour appuyer la reprise. Ce soutien public directement engagé dans une procédure de reprise industrielle privée illustre la volonté des collectivités locales de peser dans l’arbitrage du tribunal de commerce, à quelques semaines d’une décision qui conditionnera l’avenir économique de tout le bassin du Comminges.
⚠️ Le contre-exemple de Tarascon, déjà en liquidation
Le sort de Saint-Gaudens ne peut se lire sans celui de sa sœur jumelle : l’usine Fibre Excellence de Tarascon (Bouches-du-Rhône, environ 700 kilomètres au sud-est), qui emploie elle aussi environ 270 salariés, a déjà été placée en liquidation judiciaire. Les deux sites appartenaient au même groupe, confronté à des difficultés structurelles communes — coûts de l’énergie, concurrence internationale de la pâte à papier, vieillissement des équipements — mais Tarascon n’a pas trouvé de repreneur dans les délais impartis par la justice.
Ce précédent donne la mesure du risque réel qui pèse encore sur Saint-Gaudens d’ici la mi-septembre : un sursis judiciaire n’est pas une garantie de sauvetage.
🏗️ Ce que ce dossier dit de la réindustrialisation française
Le cas Fibre Excellence s’inscrit dans une série de dossiers industriels sensibles où des collectivités locales tentent de mobiliser des financements publics pour sauver des sites menacés, avec des résultats contrastés. Liberta Press avait documenté un exemple inverse dans le secteur des batteries électriques, où les usines ACC et Verkor dans les Hauts-de-France peinaient à tenir leurs promesses de souveraineté industrielle malgré d’importants soutiens publics. Saint-Gaudens illustre à l’inverse une mobilisation locale, portée conjointement par une collectivité régionale et un industriel privé, autour d’un projet de diversification plutôt que d’un simple maintien à perfusion.
Cette dynamique fait écho à d’autres initiatives économiques locales suivies par Liberta Press, comme l’essor de l’eusko, la monnaie locale basque, qui témoigne d’une même recherche d’ancrage économique territorial face aux logiques de délocalisation.
✅ Conclusion
Saint-Gaudens n’est pas sauvée : le site a seulement gagné un sursis de six semaines, assorti d’un projet de reprise crédible mais non finalisé. L’examen du 8 septembre par le tribunal de commerce de Toulouse sera déterminant, dans un dossier où se mêlent argent public, ambition industrielle et mémoire du précédent de Tarascon.
⚠️ Rappel sur les limites de cet article
À la date de publication, l’offre de reprise déposée le 24 août par le consortium Soprema/VPK/Engie n’a pas encore été validée par le tribunal de commerce de Toulouse : cet article décrit un projet en cours d’examen, pas une reprise actée. Le nombre exact d’emplois qui seraient créés par la nouvelle ligne de panneaux isolants (« une cinquantaine ») reste une annonce du repreneur potentiel, non encore confirmée par un plan industriel détaillé et public.
❓ Questions fréquentes
L’usine de Saint-Gaudens est-elle définitivement sauvée ?
Non. Le tribunal de commerce de Toulouse doit encore examiner et valider une offre de reprise ferme le 8 septembre 2026 ; en l’absence de validation, la liquidation judiciaire pourrait être prononcée dès le 15 septembre.
Combien d’emplois sont concernés ?
Environ 270 emplois directs sur le site de Saint-Gaudens, auxquels s’ajouteraient potentiellement une cinquantaine de créations de postes si le projet de ligne de panneaux isolants porté par Soprema se concrétise.
Pourquoi les collectivités locales investissent-elles de l’argent public dans une reprise privée ?
La Région Occitanie et le Département de la Haute-Garonne cherchent à sécuriser le projet de reprise face au risque de fermeture définitive, dans un bassin d’emploi du Comminges déjà marqué par la désindustrialisation.
📚 Sources
- France 3 Occitanie — « « La lutte, ça paye » : l’usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens sauvée de la liquidation immédiate »
- Le Journal Toulousain — « Fibre Excellence : un nouveau délai accordé pour sauver l’usine de Saint-Gaudens »
- Le Monde — « La région Occitanie et des industriels prêts à sauver l’usine de Saint-Gaudens de Fibre Excellence »
- La Gazette du Midi — « Fibre Excellence : le géant alsacien Soprema dispose d’un mois pour boucler son projet de reprise »
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