- Entre 35 et 40 millions d’euros auraient été détournés, selon l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information).
- Plus de 500 offices notariaux français touchés en près de deux ans (décembre 2022 à 2024).
- Le Conseil supérieur du notariat (CSN) lui-même a été compromis.
- L’ANSSI a redouté la fabrication de faux actes notariés — mais aucun n’a été identifié à ce jour, selon les sources citées par Le Monde.
- Que s’est-il passé ? L’essentiel en un coup d’œil
- Décembre 2022 – 2024 : la chronologie d’une attaque silencieuse
- Comment les pirates ont-ils procédé ?
- 35 à 40 millions d’euros : d’où vient ce chiffre ?
- Le risque de faux actes notariés
- La réponse du notariat et des autorités
- Une menace qui dépasse le seul notariat
- Quelles conséquences pour les clients ?
- Comment se protéger
🔍 Que s’est-il passé ? L’essentiel en un coup d’œil
Entre décembre 2022 et 2024, un groupe de cybercriminels a infiltré les messageries et postes de travail de plus de 500 offices notariaux en France — soit environ 7 % des études du pays — pour détourner, selon l’estimation de l’ANSSI, entre 35 et 40 millions d’euros appartenant à des clients en pleine transaction immobilière ou successorale. L’affaire, révélée par une enquête du Monde (Pixels) le 3 septembre 2026, est présentée comme « sans précédent » pour une profession réglementée qui manipule chaque année des dizaines de milliards d’euros de fonds clients.
🗓️ Décembre 2022 – 2024 : la chronologie d’une attaque silencieuse
Selon les éléments rapportés par Le Monde, la campagne a démarré fin 2022 par l’envoi de courriels piégés à des notaires, imitant des correspondances professionnelles habituelles. Elle s’est poursuivie pendant près de deux ans sans être détectée à grande échelle, les attaquants profitant de la confiance interprofessionnelle propre au notariat pour multiplier les fraudes d’un office à l’autre.
- Décembre 2022 : premiers courriels piégés envoyés à des notaires, avec pièces jointes vérolées imitant des documents professionnels courants.
- 2023-2024 : propagation progressive à plus de 500 offices, y compris au Conseil supérieur du notariat, via des messageries compromises servant à infiltrer d’autres études.
- 2024 : fin de la période couverte par l’enquête, sans qu’une date d’arrêt précise de la campagne ne soit publiquement établie.
- 3 septembre 2026 : révélation publique de l’ampleur de l’affaire par Le Monde, sur la base de documents internes à l’ANSSI, au CSN et d’autres sources proches du dossier.
🎣 Comment les pirates ont-ils procédé ?
Le mode opératoire décrit par plusieurs médias spécialisés repose sur trois étapes. D’abord, l’infiltration : des courriels imitant des échanges professionnels réels, contenant des pièces jointes piégées, installent un logiciel malveillant permettant de lire les messageries sans éveiller les soupçons. Ensuite, l’exploitation : les pirates lisent les dossiers en cours dans les études compromises — ventes, successions — et repèrent le moment précis où un client s’apprête à virer une somme importante. Enfin, le détournement lui-même prend deux formes principales :
- La fraude au RIB : les coordonnées bancaires du bénéficiaire légitime sont substituées, juste avant l’émission d’un virement, par celles d’un compte contrôlé par les attaquants.
- La fraude au président / à l’identité du notaire : les pirates usurpent l’identité d’un notaire pour demander, en urgence, un virement à un confrère ou à un client — un message qui semble provenir d’un collègue de confiance bénéficie d’une présomption de légitimité que les attaquants exploitent sciemment.
Cette mécanique s’apparente aux fraudes au président déjà documentées dans le monde de l’entreprise, mais appliquée à un secteur où la confiance entre professionnels et la confidentialité des dossiers en cours jouent un rôle central.
💶 35 à 40 millions d’euros : d’où vient ce chiffre ?
Le montant total détourné n’est pas donné avec une précision absolue par les sources disponibles : l’ANSSI l’estime entre 35 et 40 millions d’euros, une fourchette reprise à l’identique par plusieurs médias ayant eu accès aux mêmes éléments que Le Monde. Cette imprécision s’explique par la nature même de l’affaire : les préjudices ont été constatés office par office, sur près de deux ans, sans qu’un décompte consolidé et définitif n’ait été rendu public à ce stade. Rapporté aux plus de 500 études concernées, cela représente une moyenne de l’ordre de 70 000 à 80 000 euros détournés par office touché — une moyenne qui masque probablement de fortes disparités, certains dossiers de vente immobilière portant sur des sommes bien supérieures à d’autres.
📜 Le risque de faux actes notariés
Au-delà du préjudice financier direct, c’est la crainte d’une atteinte à l’acte authentique lui-même qui a le plus inquiété l’ANSSI. Un acte notarié fait foi jusqu’à inscription de faux : vente immobilière, donation, contrat de mariage, testament. Si des attaquants avaient pu accéder aux outils de rédaction et de signature électronique des offices compromis pour fabriquer ou modifier un acte, les conséquences juridiques auraient été considérables — remise en cause de la propriété d’un bien, contestation d’une succession, etc.
Selon le Conseil supérieur du notariat et les autres sources interrogées par Le Monde, aucun acte authentique falsifié n’a finalement été identifié à ce jour. Les cybercriminels semblent avoir été motivés avant tout par le détournement d’argent liquide, plus rapide à monétiser qu’une fraude documentaire complexe.
🏛️ La réponse du notariat et des autorités
Le Conseil supérieur du notariat a publiquement appelé, dans une communication distincte de cette affaire, les clients et les études à la vigilance face aux tentatives de fraude par courriel : vérifier l’adresse d’expédition, ne jamais suivre un lien ou ouvrir une pièce jointe d’origine incertaine, et en cas de doute sur une demande de virement, contacter directement l’étude par un numéro vérifié sur l’annuaire officiel des notaires de France plutôt que de répondre au message reçu.
- Ne jamais répondre directement à un courriel demandant un changement de coordonnées bancaires en urgence.
- Vérifier tout appel de fonds par un contact téléphonique via un numéro trouvé sur l’annuaire officiel, pas celui indiqué dans le message reçu.
- Exiger, en cas de doute, une confirmation écrite depuis une adresse en @notaires.fr.
À la date de rédaction de cet article, aucun communiqué distinct et daté de l’ANSSI ou du CSN, réagissant spécifiquement à la publication de l’enquête du Monde du 3 septembre 2026, n’a pu être retrouvé de façon indépendante — les éléments chiffrés attribués à ces deux organismes proviennent des documents internes cités par Le Monde et relayés par plusieurs médias secondaires.
🌐 Une menace qui dépasse le seul notariat
Cette affaire s’inscrit dans une série d’incidents touchant des institutions et professions françaises manipulant des données sensibles ou des fonds importants. Liberta Press a par exemple documenté, quelques semaines plus tôt, le vol des données fiscales de 678 000 Français à la DGFiP, puis une troisième fuite chez le même organisme portant sur les successions vacantes — un thème qui recoupe directement les dossiers traités par les études notariales. Autre parallèle frappant : l’intrusion dans les serveurs du ministère de l’Intérieur, restée elle aussi invisible pendant de longs mois avant d’être révélée. Dans les deux cas, le point d’entrée initial est resté d’une simplicité déconcertante : une boîte mail compromise ou une pièce jointe ouverte par erreur.
Le point commun de ces affaires est la durée de compromission avant détection — souvent plusieurs mois, parfois plusieurs années — ce qui interroge sur la capacité des organisations françaises, publiques comme privées, à détecter une intrusion en cours plutôt qu’à la découvrir a posteriori.
⚖️ Quelles conséquences pour les clients ?
Pour un client dont les fonds ont été détournés lors d’une transaction immobilière ou d’une succession, la question de la responsabilité et du remboursement se pose immédiatement. Le notariat dispose d’un système de garantie collective (la Caisse des dépôts et consignations des notaires et les mécanismes de garantie de la profession) censé couvrir les préjudices liés à des malversations constatées au sein d’un office. Les sources consultées pour cet article ne détaillent cependant pas, office par office, dans quelle mesure les victimes de cette campagne précise ont été indemnisées, ni sur quels délais.
🛡️ Comment se protéger
Que l’on soit sur le point de signer un acte chez le notaire ou simplement client d’une étude, quelques réflexes limitent fortement le risque :
- Ne jamais virer de fonds sur la seule foi d’un courriel, même signé du bon nom et affichant le bon en-tête.
- Appeler systématiquement l’étude à un numéro connu à l’avance (et non celui figurant dans le message reçu) avant tout virement important.
- Se méfier de toute urgence soudaine dans une demande de virement — un ressort classique de l’ingénierie sociale.
- Signaler immédiatement à sa banque et à son notaire toute suspicion de fraude, avant même la confirmation du virement si possible.
✅ Conclusion
Cette cyberattaque contre le notariat français illustre, une fois de plus, qu’un secteur réglementé et perçu comme rassurant n’est pas à l’abri d’une campagne de fraude méthodique exploitant avant tout la confiance humaine plutôt qu’une faille technique sophistiquée. Avec entre 35 et 40 millions d’euros détournés dans plus de 500 études en deux ans, l’affaire rappelle que la vigilance individuelle — vérifier un numéro, refuser l’urgence artificielle d’un courriel — reste, à ce jour, l’une des meilleures protections face à ce type de fraude.
⚠️ Rappel sur les limites de cet article
Le montant exact détourné (entre 35 et 40 millions d’euros selon les sources) n’a pas été confirmé par un chiffre unique et définitif rendu public. Le nombre précis d’offices touchés (« plus de 500 ») et la date exacte de fin de la campagne ne sont pas non plus établis avec certitude dans les sources disponibles. Aucun communiqué officiel et daté, distinct de l’enquête du Monde, n’a pu être retrouvé de façon indépendante auprès de l’ANSSI ou du CSN à la date de rédaction — les chiffres attribués à ces organismes proviennent de documents internes cités par Le Monde et relayés par d’autres médias, non d’un communiqué de presse public consultable directement. Enfin, les modalités précises d’indemnisation des victimes n’ont pas pu être vérifiées.
❓ Questions fréquentes
Combien d’argent a été détourné lors de cette cyberattaque du notariat ?
Entre 35 et 40 millions d’euros selon l’estimation de l’ANSSI, sur une période de près de deux ans.
Un faux acte notarié a-t-il été utilisé lors de cette affaire ?
Non : selon le Conseil supérieur du notariat et les sources citées par Le Monde, aucun acte authentique falsifié n’a été identifié à ce jour, malgré la crainte initiale de l’ANSSI.
Comment savoir si mon office notarial a été touché ?
Aucune liste publique des études concernées n’a été communiquée. En cas de doute, contactez directement votre étude par un numéro vérifié sur l’annuaire officiel des notaires de France.
Que faire si un notaire semble me demander un virement en urgence ?
Ne jamais répondre directement au message : appelez l’étude à un numéro connu à l’avance pour confirmer la demande avant tout virement.
📚 Sources
- Le Monde Pixels — « Au cœur d’une cyberattaque sans précédent qui a ébranlé le notariat français »
- Le Journal de l’Économie — « Notaires piratés : comment les hackers ont volé 40 millions en trois étapes »
- Senior Actu — « 500 offices forcés en deux ans, 35 millions d’euros détournés »
- LeMagIT — « Notariat : une fragilité chronique face aux cybermenaces ? »
- Notaires de France — « Cyberattaque : les Notaires de France appellent à la vigilance »
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