- 2013 : la naissance de l’eusko, avec 800 adhérents
- 2026 : plus de 5 millions d’eusko en circulation
- Comment payer en eusko, du billet au QR code
- Pourquoi une monnaie locale plutôt que l’euro ?
- L’Institut des monnaies locales, exporter le modèle basque
- Les obstacles institutionnels rencontrés en chemin
- 80 monnaies locales en France, des trajectoires très inégales
- Vers quoi la deuxième décennie de l’eusko ?
🌾 2013 : la naissance de l’eusko, avec 800 adhérents
Le 31 janvier 2013, une monnaie complémentaire locale est mise en circulation pour la première fois à Bayonne, ville des Pyrénées-Atlantiques, dans le nord du Pays basque français. À son lancement, l’eusko rassemble une vingtaine de bénévoles, 192 commerçants partenaires et 800 particuliers adhérents, pour un total de 343 538 eusko mis en circulation sous forme de billets. L’objectif affiché par ses fondateurs, réunis dans l’association Euskal Moneta : relocaliser l’économie en favorisant les échanges au sein d’un même territoire, et ainsi limiter l’impact écologique lié au transport des marchandises.
L’eusko devient rapidement la première monnaie locale de France, puis, cinq ans plus tard, la première d’Europe en nombre d’utilisateurs. Un statut qu’elle n’a plus quitté depuis.
📊 2026 : plus de 5 millions d’eusko en circulation
Treize ans après son lancement, l’eusko a changé d’échelle. En avril 2026, le volume en circulation a franchi le seuil des 5 millions d’eusko — soit l’équivalent de plus de 5 millions d’euros, la monnaie locale étant indexée un pour un sur l’euro et échangeable dans les deux sens auprès des comptoirs de change agréés. Elle rassemble aujourd’hui près de 4 600 particuliers, 1 400 professionnels (commerces, artisans, associations) et une quarantaine de collectivités locales membres, du Pays basque nord jusqu’à certaines communes limitrophes.
- 31 janvier 2013 — Lancement à Bayonne : 800 particuliers, 192 commerçants, 343 538 eusko en circulation
- 2018 — L’eusko devient la première monnaie locale d’Europe en nombre d’utilisateurs
- 2020 — Lancement de l’application mobile Euskopay (paiement par QR code)
- Avril 2026 — Franchissement du seuil des 5 millions d’eusko en circulation
- 2026 — Création de l’Institut des monnaies locales, en partenariat avec Bihar
📱 Comment payer en eusko, du billet au QR code
À l’origine, l’eusko circule sous forme de billets papier, échangés un pour un contre des euros auprès de bureaux de change partenaires (associations, certaines agences bancaires). Depuis 2020, l’essentiel des transactions passe par l’application Euskopay : dans les bars et commerces du centre-ville de Bayonne, un QR code vert, floqué du logo « Euskopay », est affiché sur les comptoirs. Le client le scanne avec l’application, saisit le montant à régler, et le paiement est débité de son compte eusko dématérialisé — sans passer par une banque classique ni par les frais de carte bancaire habituels.
Un principe distingue fondamentalement l’eusko de l’euro classique : la monnaie locale est conçue pour circuler vite, pas pour être thésaurisée. Les professionnels qui l’acceptent s’engagent en général à la réutiliser localement (paiement de fournisseurs, de salaires en partie) plutôt qu’à la reconvertir systématiquement en euros, ce qui multiplie son effet sur l’économie du territoire à volume équivalent.
🎯 Pourquoi une monnaie locale plutôt que l’euro ?
L’argument central des promoteurs de l’eusko est celui de la relocalisation : chaque eusko dépensé chez un commerçant partenaire ne peut, par construction, être dépensé que dans le réseau local ou reconverti (avec parfois une petite commission dissuasive), ce qui limite les fuites de valeur économique vers des enseignes ou plateformes extérieures au territoire. C’est le même principe qui sous-tend Liberta Local, la plateforme qui reconnecte producteurs et consommateurs, dont Liberta Press partage l’objectif de mettre en lumière les initiatives concrètes de relocalisation économique, en complément du travail d’enquête sur ce qui dysfonctionne.
Ce même souci de circuits courts se retrouve dans le monde agricole, où la précarité des producteurs et l’échec partiel de la loi EGalim illustrent, en creux, pourquoi une partie du tissu économique local cherche des alternatives aux circuits de distribution classiques. Une monnaie qui reste sur le territoire est aussi un outil pour soutenir les producteurs et commerçants de proximité face à des marges captées ailleurs dans la chaîne, un sujet documenté dans notre enquête sur les marges alimentaires et l’ultra-transformé.
🎓 L’Institut des monnaies locales, exporter le modèle basque
Fort de treize ans d’expérience et d’un statut de première monnaie locale d’Europe, Euskal Moneta a créé l’Institut des monnaies locales, en partenariat avec Bihar — Institut de la transition écologique, économique et sociale, organisme certifié Qualiopi (le label qualité obligatoire pour les organismes de formation professionnelle en France). Sa mission est double : transférer les compétences et les outils développés par l’eusko à d’autres projets de monnaie locale, émergents ou déjà en activité, en France comme à l’étranger ; et participer à la recherche sur l’impact réel de ces dispositifs sur les économies territoriales.
L’institut propose des formations allant de la stratégie de développement d’une monnaie locale jusqu’à la coordination de projet ou le recrutement de professionnels partenaires — une manière de professionnaliser un mouvement encore largement porté par le bénévolat associatif.
⚖️ Les obstacles institutionnels rencontrés en chemin
Le parcours de l’eusko n’a pas été sans friction avec l’administration. La préfecture des Pyrénées-Atlantiques s’est par le passé opposée à ce que la ville de Bayonne règle certaines dépenses publiques directement en eusko, au nom des règles de la comptabilité publique française, qui encadrent strictement les monnaies utilisables par les collectivités. Cet épisode illustre une tension structurelle à laquelle se heurtent toutes les monnaies locales en France : le droit français reconnaît leur existence (loi relative à l’économie sociale et solidaire de 2014) mais n’a pas toujours été pensé pour leur usage par la puissance publique elle-même, ce qui limite en pratique l’ampleur de leur intégration dans les budgets municipaux.
🗺️ 80 monnaies locales en France, des trajectoires très inégales
L’eusko n’est pas un cas isolé. Selon le mouvement Sol, qui fédère les monnaies locales complémentaires en France, le pays en compte environ 80, avec des situations très disparates : certaines peinent à sortir d’un cercle de militants convaincus, d’autres se sont éteintes faute de renouvellement des bénévoles ou d’un réseau de commerçants suffisant pour rendre la monnaie réellement utile au quotidien. L’eusko se distingue nettement du lot par son ancienneté, son volume en circulation et la solidité de son maillage de commerçants partenaires — des facteurs que l’Institut des monnaies locales entend justement transmettre aux projets plus fragiles.
🔭 Vers quoi la deuxième décennie de l’eusko ?
Après une décennie de croissance progressive, l’eusko affiche désormais l’ambition de continuer à changer d’échelle, portée par la dématérialisation via Euskopay et par l’essaimage de son savoir-faire via l’institut de formation. La question qui reste ouverte, et que ni Euskal Moneta ni les chercheurs cités dans la presse locale ne tranchent définitivement, est celle du plafond réel de ce type de dispositif : jusqu’où une monnaie locale, dépendante du volontariat de ses adhérents et de la bonne volonté de ses commerçants partenaires, peut-elle croître sans perdre ce qui fait sa spécificité ?
✅ Conclusion
Treize ans après ses premiers billets imprimés à Bayonne, l’eusko est devenue la démonstration la plus aboutie, à l’échelle européenne, qu’une monnaie locale complémentaire peut dépasser le stade militant pour irriguer durablement une économie de territoire : 5 millions d’eusko en circulation, 4 600 particuliers, 1 400 professionnels, une quarantaine de collectivités, et désormais un institut de formation pour diffuser cette expérience ailleurs en France et en Europe. Un succès qui n’efface pas les frictions persistantes avec certaines règles administratives conçues pour un monde à monnaie unique — et qui reste, à ce jour, une exception plutôt que la norme parmi les 80 monnaies locales recensées en France.
- Les chiffres de circulation et d’adhésion (5 millions d’eusko, 4 600 particuliers, 1 400 professionnels) proviennent des communications d’Euskal Moneta et de reprises journalistiques ; aucun audit financier indépendant public détaillé n’a été consulté pour cet article.
- L’ampleur réelle de l’effet multiplicateur de l’eusko sur l’économie locale (par rapport à une dépense équivalente en euros) n’a pas fait l’objet, à notre connaissance, d’une étude économique indépendante publiée et chiffrée précisément — l’argument reste largement défendu par les promoteurs du dispositif eux-mêmes.
- La situation précise des 80 monnaies locales françaises recensées par le mouvement Sol (nombre encore actives, volumes respectifs) n’a pas pu être détaillée faute de source consolidée récente accessible.
📚 Sources
- Reporterre — « On est la première monnaie locale d’Europe » : comment l’eusko a réussi son pari
- ICI (France Bleu) — Première monnaie locale d’Europe, douze ans de succès pour l’eusko
- Euskal Moneta — L’eusko, la monnaie locale du Pays basque
- Euskal Moneta — Institut des monnaies locales
- Europe 1 — La préfecture des Pyrénées-Atlantiques veut empêcher Bayonne d’effectuer certains paiements en eusko
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