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Le Capitole des Etats-Unis, siege du Congres et du Senat americain

Fauci sous serment, journal intime, inculpation : ce que révèlent (et ne prouvent pas) les dossiers de l’été 2026

L’été 2026 a relancé, avec une intensité inédite, le dossier Anthony Fauci et les origines du Covid-19 : déclassification massive de documents par l’ex-directrice du Renseignement national Tulsi Gabbard, rapport officiel de la Maison Blanche concluant à une fuite de laboratoire comme origine la plus probable, mise en cause directe de Fauci dans la publication d’un article scientifique clé, projet de recherche remontant à 2018 qui envisageait précisément la caractéristique génétique unique retrouvée sur le virus, inculpation pénale d’un de ses anciens conseillers, audition sous serment où l’ancien directeur du NIAID a invoqué le cinquième amendement plus de 100 fois. Mais une partie de ces révélations a aussi été contestée point par point par des analystes indépendants et des virologues. Voici ce qui est établi, ce qui est allégué, et ce qui reste contesté.

📋 Sommaire

  1. La déclassification de Tulsi Gabbard
  2. Ce que les documents ne prouvent pas, selon une analyse indépendante
  3. Le rapport de la Maison Blanche : « Lab Leak » et l’accusation directe contre Fauci
  4. Le site de clivage à la furine et le projet DEFUSE
  5. L’inculpation pénale d’un ancien conseiller de Fauci
  6. L’audition du 29 juillet : le cinquième amendement invoqué plus de 100 fois
  7. Le journal intime publié par le sénateur Rand Paul
  8. Conclusion

📜 La déclassification de Tulsi Gabbard

Le 18 juin 2026, lors de l’un de ses derniers actes en tant que directrice du Renseignement national (DNI — l’organisme fédéral américain qui coordonne l’ensemble des agences de renseignement), Tulsi Gabbard a rendu publiques près de 1 600 pages de documents internes sur les débuts de la pandémie de Covid-19. Ces archives — courriels internes, notes de briefing, correspondances entre agences de renseignement — mettent en cause de façon appuyée le rôle du Dr Anthony Fauci, ancien directeur de l’institut américain des allergies et maladies infectieuses (NIAID).

Les principales accusations formulées par le bureau de Gabbard : un conflit d’intérêts (l’institut dirigé par Fauci aurait financé des recherches sur la création de nouveaux coronavirus, y compris au laboratoire de Wuhan), une possible manipulation des évaluations de la communauté du renseignement sur l’origine du virus, et un faux témoignage sous serment concernant le financement de recherches dites « à gain de fonction » (des manipulations génétiques visant à rendre un virus plus transmissible ou plus dangereux, à des fins de recherche sur de futurs vaccins).


🔍 Ce que les documents ne prouvent pas, selon une analyse indépendante

📌 À retenir : une analyse détaillée publiée par Lawfare (média spécialisé en droit et sécurité nationale) conteste, point par point, les quatre accusations principales portées par Gabbard.

Selon cette analyse, signée par la chercheuse Renée DiResta : les documents ne démontrent pas que le financement américain de recherches au laboratoire de Wuhan ait « déclenché » la pandémie — un lien de causalité que les pièces déclassifiées elles-mêmes n’établissent pas. Sur la manipulation supposée des évaluations du renseignement, l’analyse affirme que les documents montrent au contraire l’inverse : les agences auraient tenu Fauci « à distance » dans leurs évaluations officielles, l’écartant même comme relecteur en raison de conflits d’intérêts perçus. Sur l’accusation de faux témoignage au Congrès en 2024, l’analyse estime que Gabbard déforme les propos de Fauci, qui aurait bien reconnu avoir échangé avec des agences de renseignement — mais sur des sujets postérieurs à la période Covid, une nuance jugée essentielle. Enfin, aucune preuve documentaire n’établirait une suppression systématique de voix dissidentes.


🏛️ Le rapport de la Maison Blanche : « Lab Leak » et l’accusation directe contre Fauci

Le 29-30 juillet 2026, en plein pendant l’audition de Fauci au Sénat, la Maison Blanche a publié un rapport intitulé « Lab Leak (The True Origins of Covid-19) ». Ce document conclut qu’un incident lié à un laboratoire, dans le cadre d’une recherche « à gain de fonction », constitue « l’origine la plus probable du Covid-19 » — la prise de position la plus explicite jamais formulée par une administration américaine sur ce sujet. Le rapport pointe aussi les mécanismes de contrôle existants pour ce type de recherche comme « incomplets, excessivement compliqués et défaillants ».

C’est dans ce rapport que se trouve l’accusation la plus directe contre Anthony Fauci lui-même : selon la Maison Blanche, l’article scientifique « The Proximal Origin of SARS-CoV-2 » — publié en mars 2020 et abondamment cité pendant des années par les autorités sanitaires et les médias pour écarter l’hypothèse d’une fuite de laboratoire — aurait été « suscité par le Dr Fauci pour pousser le narratif privilégié selon lequel le Covid-19 serait apparu naturellement ». Le rapport cite à l’appui une caractéristique génétique du virus jugée « non retrouvée dans la nature » ainsi que des données suggérant que tous les cas de Covid-19 proviendraient d’une introduction unique chez l’humain.

Sur le plan judiciaire, le rapport s’accompagne de mesures concrètes déjà engagées : le département de la Santé (HHS) a suspendu tous les financements de l’EcoHealth Alliance et entamé une procédure d’exclusion des financements fédéraux, après que des enquêteurs du Congrès ont conclu que l’organisation avait violé les conditions d’une subvention du NIH. Le département de la Justice a par ailleurs ouvert une enquête distincte sur les activités de l’EcoHealth Alliance pendant la pandémie. Le rapport accuse également son président, Peter Daszak, d’avoir fait obstruction à l’enquête du Congrès en limitant la portée et le rythme de transmission des documents demandés, et d’avoir fait de fausses déclarations sous serment.


🧬 Le site de clivage à la furine et le projet DEFUSE

📌 À retenir : un « site de clivage à la furine » est une courte séquence génétique qui facilite l’entrée d’un virus dans les cellules humaines. Le SARS-CoV-2 en possède un, à un endroit précis de sa protéine de pointe (jonction S1/S2) — une caractéristique qu’aucun coronavirus proche connu dans la nature ne possède exactement à cet endroit.

En 2018, une proposition de recherche baptisée DEFUSE a été soumise à l’agence de recherche avancée de la Défense américaine (DARPA). Elle était portée par Peter Daszak (EcoHealth Alliance), en collaboration avec le virologue Ralph Baric (université de Caroline du Nord) et Zhengli Shi, chercheuse à l’Institut de virologie de Wuhan. Cette proposition envisageait explicitement d’insérer des « sites de protéolyse spécifiques à l’humain » — dont des sites de clivage à la furine, selon des versions antérieures du document — dans des coronavirus de chauve-souris, précisément à la jonction S1/S2 de la protéine de pointe. La DARPA a rejeté le projet ; son financement par une autre source reste à ce jour non confirmé.

Pour les partisans de la thèse de la fuite de laboratoire, la coïncidence entre ce que DEFUSE proposait de créer et la caractéristique génétique effectivement retrouvée sur le SARS-CoV-2 des années plus tard constitue l’élément le plus troublant du dossier. Mais cette lecture est elle-même contestée sur le plan scientifique : le chercheur Kristian Andersen (Scripps Research), l’un des auteurs de l’article « Proximal Origin » cité plus haut, a fait valoir que les insertions envisagées par DEFUSE visaient un site différent (S2′, pas S1/S2) de celui effectivement présent sur le SARS-CoV-2 — un argument technique qui, s’il est exact, affaiblirait le lien de causalité direct entre le projet et le virus réel. D’autres critiques ont qualifié l’analyse des sites de restriction avancée par les partisans du lab-leak de trop sommaire pour être concluante.


⚖️ L’inculpation pénale d’un ancien conseiller de Fauci

Sur un tout autre terrain — judiciaire cette fois, et non plus seulement documentaire — le département de la Justice américain a inculpé le Dr David Morens, 78 ans, ancien conseiller principal d’Anthony Fauci au sein des National Institutes of Health (NIH). Il lui est reproché d’avoir utilisé sa messagerie personnelle pour contourner les lois américaines sur l’archivage des documents publics, et d’avoir dissimulé ou détruit des communications relatives à des subventions de recherche liées au Covid-19 — dont une tentative de relancer une subvention controversée. Les chefs d’inculpation retenus incluent conspiration contre les États-Unis, destruction, altération ou falsification de documents, dissimulation de dossiers et complicité — passibles, en cas de condamnation, de plusieurs décennies de prison. L’enquête fait suite à des investigations menées par des élus républicains de la Chambre des représentants sur les échanges de courriels de Morens.

Point important : cette inculpation vise Morens personnellement — aucune accusation pénale directe n’a, à ce stade, été formulée contre Fauci lui-même dans ce dossier précis.


🎤 L’audition du 29 juillet : le cinquième amendement invoqué plus de 100 fois

Le 29 juillet 2026, Anthony Fauci a comparu devant la commission sénatoriale de la Sécurité intérieure et des Affaires gouvernementales (HSGAC), présidée par le sénateur Rand Paul (Kentucky), qui l’avait convoqué par assignation. Lors de cette audition, qui a duré plus de deux heures, Fauci a invoqué son droit au silence garanti par le cinquième amendement de la Constitution américaine à plus de 100 reprises. Sa déclaration liminaire, citée par NPR : « Bien qu’il m’en coûte de le faire, en raison du respect que j’ai pour le pouvoir législatif et de mes décennies de coopération avec le Congrès, sur les conseils de mes avocats, j’invoquerai mon droit au titre du cinquième amendement de la Constitution pour m’abstenir de répondre à vos questions. » Fauci a par ailleurs accusé le sénateur d’être « obsédé par l’idée de [le] faire emprisonner ».


📔 Le journal intime publié par le sénateur Rand Paul — et la réponse de Fauci

Quelques jours avant l’audition, Rand Paul a rendu publiques plus de 1 000 pages présentées comme le journal personnel d’Anthony Fauci, couvrant la période de décembre 2019 à décembre 2022 — jusqu’à son départ de la direction du NIAID. Le sénateur a publié les documents un week-end, les a retirés le lundi soir suivant, puis republiés le mardi matin avec des passages caviardés. Il a également diffusé un « préquel » de 465 pages supplémentaires, couvrant des courriels et documents de 2001 à 2015.

Sur son site, Rand Paul met en avant une entrée du 1er février 2020, où Fauci relate une conférence téléphonique avec des scientifiques de premier plan et note qu’il n’y avait « pas d’accord total » sur l’origine du virus à ce stade. Dans des entrées ultérieures, Fauci écrit être « presque certain que le virus a évolué naturellement via un saut d’espèce, même si (…) je garde l’esprit ouvert sur la possibilité d’une fuite de laboratoire », ajoutant que le fait que deux hypothèses soient possibles ne signifie pas qu’elles soient également probables. Plusieurs scientifiques cités par NPR estiment que ce raisonnement reflète simplement l’évolution normale du consensus scientifique à mesure que les connaissances sur le Covid-19 progressaient — pas une dissimulation.

💬 Ce que l’équipe de Fauci a répondu

Un porte-parole de Fauci a transmis à NPR un document contestant point par point les affirmations de Rand Paul, ainsi qu’une lettre de ses avocats accusant le sénateur de mener une « croisade publique vieille de plusieurs années » contre lui : « Vous vous fixez de façon obsessionnelle sur l’objectif de voir le Dr Fauci poursuivi pour des crimes imaginaires, au point d’avoir construit une image publique entière autour de cet objectif. »


✅ Conclusion

Plusieurs dossiers distincts se sont télescopés cet été à Washington : une déclassification politique aux accusations contestées, un rapport officiel de la Maison Blanche qui, pour la première fois, désigne Fauci nommément comme ayant orienté un article scientifique influent, un projet de recherche de 2018 dont la coïncidence troublante avec le génome du SARS-CoV-2 reste elle-même débattue par les virologues, une inculpation pénale bien réelle mais qui ne vise pas Fauci directement, et une audition parlementaire spectaculaire qui n’a, du fait du silence invoqué, tranché aucune des questions de fond. Le débat sur les origines du Covid-19 et sur ce que savaient réellement les autorités sanitaires américaines reste, quatre ans après le pic de la pandémie, l’un des dossiers les plus disputés de la vie politique américaine — et la multiplication des versions concurrentes, chacune abondamment documentée, rend d’autant plus nécessaire de distinguer le fait établi de l’accusation.

⚠️ Rappel sur les limites de cet article

  • Les accusations portées par le bureau de Tulsi Gabbard contre Anthony Fauci sont présentées ici comme des allégations, explicitement contestées par une analyse indépendante détaillée (Lawfare) — elles ne constituent pas des faits établis par une instance judiciaire.
  • Le rapport de la Maison Blanche est un document officiel de l’exécutif américain, mais reste un document produit par une administration politique engagée sur ce dossier depuis plusieurs années — ses conclusions ne constituent pas non plus une décision de justice ni un consensus scientifique établi.
  • Le lien entre le projet DEFUSE (2018, jamais financé) et le SARS-CoV-2 réel est directement contesté par au moins un des scientifiques cités à l’appui de la thèse adverse (Kristian Andersen, sur la localisation exacte du site de clivage visé) — cet article présente les deux lectures, sans trancher.
  • L’inculpation de David Morens est un fait judiciaire réel (charges déposées), mais la présomption d’innocence s’applique : il n’a pas été jugé coupable à ce stade.
  • Le contenu exact et l’authenticité intégrale du « journal intime » publié par Rand Paul n’ont pas pu être vérifiés de façon indépendante par cette rédaction — seule l’existence de sa publication et les grandes lignes rapportées par plusieurs médias sont ici rapportées comme fait.
  • Cet article ne tranche pas l’origine du Covid-19 (fuite de laboratoire contre origine zoonotique naturelle) — ce débat scientifique reste activement disputé par la communauté virologique elle-même, bien au-delà du cadre judiciaire et politique américain décrit ici.

📚 Sources

  1. Office of the Director of National Intelligence — Fauci Funded Wuhan Lab Research That Sparked Covid
  2. Lawfare — Tulsi Gabbard’s Fauci Files Don’t Prove What She Says They Prove
  3. Interesting Engineering — White House says lab leak most likely caused COVID-19 pandemic
  4. Republic World — White House Reignites COVID Lab-Leak Debate, Accuses Fauci of Pushing ‘Preferred Narrative’
  5. U.S. Right to Know — Scientists proposed making viruses with unique features of SARS-CoV-2 in Wuhan (projet DEFUSE)
  6. PBS News — Justice Department accuses former Fauci adviser of concealing communications
  7. NBC News — Anthony Fauci invokes Fifth Amendment right not to answer questions
  8. NPR — Fauci, Rand Paul diary, coronavirus origin lab-leak hearing

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