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Salle de serveurs d'un centre de données : selon un rapport ChemSec, la demande en refroidissement liée à l'intelligence artificielle relance la production mondiale de PFAS

Data centers de l’IA : la nouvelle vague de PFAS que personne n’avait anticipée

ENVIRONNEMENT · 16 SEPTEMBRE 2026

Data centers de l’IA : la nouvelle vague de PFAS que personne n’avait anticipée

⚠️ À retenir : selon un rapport publié le 14 septembre 2026 par l’ONG suédoise ChemSec, la plupart des dix plus gros producteurs mondiaux de PFAS (« polluants éternels ») augmentent leurs capacités de production pour répondre à la demande des centres de données d’intelligence artificielle (IA), des semi-conducteurs et des batteries lithium-ion.

📋 Sommaire

  1. Quel est le lien entre l’IA et les PFAS ?
  2. Le rapport de ChemSec, publié le 14 septembre
  3. Le refroidissement par immersion, nouvel usage massif des PFAS
  4. Arkema, Daikin, Chemours : qui augmente sa production ?
  5. Les risques sanitaires déjà documentés des PFAS
  6. L’ONU s’inquiète d’un « tsunami » de produits chimiques
  7. Un enjeu déjà documenté en France
  8. Questions fréquentes
  9. Conclusion
  10. Limites de cet article
Derrière la course mondiale à l’intelligence artificielle se cache une conséquence industrielle peu discutée : la relance de la production de PFAS, ces substances chimiques persistantes surnommées « polluants éternels » parce qu’elles ne se dégradent quasiment jamais dans l’environnement. Un rapport publié le 14 septembre 2026 par l’ONG ChemSec montre que les plus gros fabricants mondiaux augmentent leurs capacités pour répondre aux besoins des centres de données, des semi-conducteurs et des batteries — au moment même où plusieurs pays, dont la France, cherchent à en limiter l’usage.

🔗 Quel est le lien entre l’intelligence artificielle et les PFAS ?

Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) sont des composants clés de plusieurs technologies indispensables à l’IA : ils entrent dans la fabrication des semi-conducteurs, des batteries lithium-ion, et surtout dans les nouveaux systèmes de refroidissement des centres de données, dont les besoins explosent avec la multiplication des serveurs dédiés à l’entraînement des modèles d’IA. Ce sont ces trois usages combinés qui poussent les industriels du secteur à relancer massivement leur production.


📊 Le rapport de ChemSec, publié le 14 septembre

L’International Chemical Secretariat (ChemSec), organisation non gouvernementale suédoise spécialisée dans la réglementation des substances chimiques, a analysé l’activité des dix plus grands producteurs mondiaux de PFAS. Sa conclusion, publiée le 14 septembre 2026 : la majorité d’entre eux prévoient ou ont déjà engagé une hausse de leurs capacités de production, portée par trois moteurs de demande — les infrastructures d’IA et de centres de données, la fabrication de semi-conducteurs, et les matériaux pour batteries lithium-ion.

🟠 Ce que dit ChemSec :

« Cette tendance mondiale à l’expansion de la production de PFAS fait craindre que les restrictions partielles envisagées par certains responsables politiques ne soient balayées par un raz-de-marée de nouvelle production. »


🌊 Le refroidissement par immersion, nouvel usage massif des PFAS

La technologie en cause s’appelle le refroidissement par immersion biphasique (two-phase immersion cooling) : les serveurs sont plongés dans un bain de liquide PFAS à bas point d’ébullition. Lorsque les composants chauffent, le liquide se transforme en vapeur, qui s’élève vers un serpentin de condensation refroidi à l’eau, avant de redevenir liquide et de retomber dans le bassin — un cycle présenté par l’industrie comme plus économe en eau et en énergie que le refroidissement classique.


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🏭 Arkema, Daikin, Chemours : qui augmente sa production ?

Plusieurs annonces industrielles récentes illustrent cette dynamique. Le groupe chimique français Arkema a démarré à Calvert City (Kentucky, États-Unis) une nouvelle unité de production de son réfrigérant Forane, investissement d’environ 60 millions de dollars, explicitement justifié par la demande croissante en refroidissement de centres de données. Le japonais Daikin prévoit de plus que tripler sa capacité de production de fluoropolymères pour répondre à la demande des semi-conducteurs, avec une nouvelle usine qui doit démarrer sa production en 2027. L’américain Chemours développe également ses activités pour fournir, selon ses propres termes, les « centres de données avancés et le matériel d’IA ».

🏢 Autres producteurs cités dans le rapport ChemSec :

Syensqo (Belgique), AGC (Japon), Archroma (Suisse), BASF et Bayer (Allemagne), Solstice (États-Unis), Orbia Fluor & Energy Materials (Mexique) et 3M (États-Unis) figurent parmi les dix producteurs étudiés par l’ONG.


🩺 Les risques sanitaires déjà documentés des PFAS

Les PFAS sont surnommés « polluants éternels » car leurs liaisons chimiques carbone-fluor, parmi les plus stables connues, les empêchent de se dégrader naturellement pendant des décennies, voire des siècles. Melanie Benesh, vice-présidente aux affaires gouvernementales de l’Environmental Working Group (association américaine de recherche sur la santé environnementale), résume l’état des connaissances scientifiques :

🟠 Ce que déclare Melanie Benesh (Environmental Working Group) :

« Les PFAS ont été associés à des cancers du rein, du foie, du pancréas et des testicules, ainsi qu’à une suppression du système immunitaire, des troubles thyroïdiens, une efficacité vaccinale réduite, des atteintes à la reproduction et au développement, un faible poids de naissance, une hausse du cholestérol, une prise de poids chez les enfants et les adultes au régime, et une liste croissante d’effets graves sur la santé. »


🇺🇳 L’ONU s’inquiète d’un « tsunami » de produits chimiques

Au niveau des Nations unies, Bethanie Carney Almroth, rapporteuse spéciale sur les substances toxiques et les droits humains, et Volker Türk, haut-commissaire aux droits de l’homme, ont également réagi à la publication du rapport ChemSec, s’alarmant du risque que la course à l’IA vienne compromettre les efforts internationaux de réduction des PFAS engagés ces dernières années, notamment dans le cadre de discussions sur une future convention internationale dédiée à ces substances.


🇫🇷 Un enjeu déjà documenté en France

Liberta Press suit ce sujet depuis plusieurs mois : la Métropole Rouen Normandie a porté plainte contre BASF pour un rejet record de PFAS dans la Seine, tandis que le coût de dépollution de l’eau potable contaminée par ces substances pourrait atteindre 5,7 milliards d’euros par an à l’échelle nationale selon les estimations disponibles. BASF figure justement parmi les dix producteurs cités dans le rapport ChemSec comme augmentant potentiellement sa capacité de production — sans que le rapport ne précise si l’usine de Saint-Aubin-lès-Elbeuf, visée par la plainte rouennaise, est concernée par cette expansion liée à l’IA.


❓ Questions fréquentes

Pourquoi les centres de données ont-ils besoin de PFAS ?
Certains systèmes de refroidissement de nouvelle génération, dits par « immersion biphasique », utilisent un liquide PFAS à bas point d’ébullition pour évacuer la chaleur des serveurs de façon plus économe en eau que les méthodes classiques.

Les PFAS utilisés pour l’IA sont-ils différents de ceux déjà connus dans l’eau potable ?
Il s’agit de la même famille chimique très large de plusieurs milliers de substances. Le rapport ChemSec ne détaille pas si les composés spécifiques utilisés dans le refroidissement des data centers sont identiques à ceux retrouvés dans les nappes phréatiques contaminées, un point qui reste à préciser.

Une réglementation encadre-t-elle cette expansion ?
Des restrictions partielles sont à l’étude ou déjà en vigueur dans plusieurs juridictions (Union européenne notamment), mais ChemSec estime que la hausse de la demande liée à l’IA risque de fragiliser ces efforts si aucune mesure contraignante supplémentaire n’est prise.


✅ Conclusion

La course mondiale à l’intelligence artificielle ne se limite pas à une consommation record d’électricité et d’eau, déjà documentée par plusieurs études : elle relance aussi, plus discrètement, la production de substances chimiques dont la dangerosité pour la santé humaine et l’environnement est documentée depuis des décennies. Le paradoxe est frontal : au moment où plusieurs pays, la France en tête avec ses propres contentieux industriels, cherchent à réduire l’usage des PFAS, la demande créée par l’IA pousse certains des plus gros producteurs mondiaux dans la direction inverse.


⚠️ Rappel sur les limites de cet article :

Cet article s’appuie sur le rapport de ChemSec publié le 14 septembre 2026 et sur sa couverture par plusieurs médias anglophones (Common Dreams, Truthout, Ecotextile News) ; Liberta Press n’a pas eu accès au texte intégral du rapport original. Les chiffres précis de hausse de capacité de production (en tonnes ou en pourcentage) ne sont pas systématiquement documentés dans les sources consultées, à l’exception de l’annonce de Daikin. Le lien entre l’expansion éventuelle de BASF évoquée dans le rapport ChemSec et son site de Saint-Aubin-lès-Elbeuf (visé par la plainte de la Métropole Rouen Normandie) n’est pas établi par les sources disponibles et relève d’un simple rapprochement contextuel opéré par la rédaction.

Chaque promesse d’intelligence artificielle plus puissante a un coût matériel que l’écran ne montre jamais.


📚 Sources

  1. Common Dreams — Research Warns of Surge in Cancer-Causing Forever Chemicals From AI Data Center Build-Out
  2. Truthout — AI Data Centers Are Driving a Surge in « Forever Chemicals, » Research Finds
  3. Ecotextile News — PFAS producers ramping up production – report
  4. Reporterre — L’IA booste la production de PFAS
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