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Vincent Reynouard : après sa cavale écossaise, le révisionniste de retour devant la cour d’appel de Paris

Les ruines du village martyr d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), où 642 civils ont été massacrés le 10 juin 1944 par les Waffen-SS officiellement. Des graffitis « Reynouard a raison » y ont été découverts en 2022, déclenchant la traque internationale qui a abouti à son arrestation en Écosse.

Ruines du village martyr d'Oradour-sur-Glane

Le 18 février 2026, Vincent Reynouard — révisionniste français de 56 ans, ancien professeur de mathématiques — a comparu devant la cour d’appel de Paris pour deux affaires distinctes de contestation de crimes contre l’humanité et d’incitation à la haine raciale. Extradé d’Écosse en février 2024 après plus de deux ans de cavale, il accumule les condamnations depuis 1991. Le délibéré est attendu le 26 mars 2026.


1. Une double vie de deux ans dans un village écossais

Vincent Reynouard avait fui la France en juin 2015 pour échapper à ses poursuites judiciaires. Il s’est installé à Anstruther, un village de pêcheurs du comté de Fife (Écosse), sous une fausse identité, en exerçant discrètement comme tuteur privé en mathématiques, physique et chimie.

Port d'Anstruther, Fife, Écosse

Le port d’Anstruther, dans le Fife (Écosse), où Reynouard s’était installé sous une fausse identité. Ce village de pêcheurs est connu pour ses paysages pittoresques sur le Firth of Forth.C’est un acte de vandalisme à plus de 1 500 km de là qui a précipité sa chute : la découverte de graffitis « Reynouard a raison » sur le mémorial d’Oradour-sur-Glane, village limousin symbole des crimes de guerre nazis. La police française a alors lancé une opération coordonnée avec les autorités écossaises. Reynouard a été interpellé le 10 novembre 2022.

Il a ensuite passé quinze mois à la prison d’Édimbourg avant d’être extradé le 2 février 2024. Lors de son arrestation, des vidéos diffusées entre septembre 2019 et avril 2020 ont été retenues contre lui : il y qualifiait les atrocités nazies de « calomnies grossières » et évoquait ouvertement « le problème juif ».

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2. La loi Gayssot : comprendre le cadre légal français

Les poursuites contre Vincent Reynouard s’appuient sur la loi Gayssot, adoptée le 13 juillet 1990. Cette loi punit la contestation de l’existence des crimes contre l’humanité tels que définis par le statut du Tribunal de Nuremberg (statut de Londres, 1945). Elle constitue depuis 35 ans l’arsenal principal de la justice française face au révisionnisme.

⚖️ Peine prévue : jusqu’à 1 an d’emprisonnement et 45 000 € d’amende pour la contestation de crimes contre l’humanité, auxquels peuvent s’ajouter des peines pour incitation à la haine raciale.

Pour comprendre en détail le fonctionnement de cette loi, ses contours juridiques et les débats qu’elle suscite autour de la liberté d’expression et du révisionnisme historique, nous vous invitons à lire notre dossier complet :

📖 À lire : La loi Gayssot : lutte contre le révisionnisme et débats sur la liberté historique — notre analyse complète du texte, de son histoire et des controverses qu’il génère.

3. Des condamnations successives en France depuis son extradition

De retour sur le sol français, Reynouard a été jugé à plusieurs reprises en 2025 dans des affaires distinctes :

⚖️ Chronologie des condamnations post-extradition
📅 19 mars 2025 — Tribunal correctionnel de Paris
12 mois de prison ferme (aménageables en semi-liberté) + 10 000 € de dommages et intérêts au profit de la LICRA et de l’Observatoire juif de France (OJF). Affaire portant sur 7 vidéos publiées entre 2017 et 2020. Le parquet avait requis 18 mois et 15 000 € d’amende.
📅 11 juillet 2025 — Tribunal correctionnel de Paris
6 mois de prison ferme (aménageables en semi-liberté) pour une vidéo de promotion d’un de ses livres contestant l’existence de la Shoah.

En juin 2024, quelques mois seulement après son extradition, il avait par ailleurs animé une conférence révisionniste à Perpignan, diffusée sur le site néo-nazi Jeune Nation. Une seconde prise de parole prévue à Paris avait été interdite par les autorités.

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4. L’audience d’appel du 18 février 2026 et le réquisitoire sévère

Salle d'audience de la cour d'appel de Paris
Une salle d’audience du palais de justice de Paris, siège de la cour d’appel où Vincent Reynouard a comparu le 18 février 2026.

Le 18 février 2026, devant le pôle 2 – chambre 7 de la cour d’appel de Paris, les deux procédures ont été jointes lors d’une même audience. L’avocat général a formulé des réquisitions nettement plus sévères que les peines prononcées en première instance :

  • 1ère affaire : 1 an d’emprisonnement ferme + 30 000 € d’amende
  • 2e affaire : 1 an d’emprisonnement ferme + 10 000 € d’amende

Reynouard, présent à l’audience, a assumé ses propos selon les comptes rendus disponibles. L’Observatoire juif de France (OJF), partie civile, a salué la fermeté du réquisitoire.

🗓️ À surveiller : Le délibéré sera rendu le 26 mars 2026. Si les réquisitions sont suivies, les peines pourraient être très significativement alourdies par rapport à celles de première instance.

5. Quels pays condamnent à la prison le révisionnisme sur la Shoah ?

La France n’est pas un cas isolé. Une quinzaine de pays, principalement en Europe, ont érigé en infraction pénale — passible de prison ferme — le fait de nier, minimiser, remettre en question ou justifier la Shoah et/ou les crimes contre l’humanité reconnus par les tribunaux internationaux. Voici un panorama comparatif :

Pays Texte légal Peine maximale Particularités
🇩🇪 Allemagne § 130 StGB (Volksverhetzung) 5 ans Pays le plus actif en matière de poursuites ; nombreuses condamnations effectives
🇦🇹 Autriche Verbotsgesetz 1945 / § 3h 10 ans L’une des législations les plus sévères d’Europe ; David Irving condamné en 2006
🇫🇷 France Loi Gayssot (1990) 1 an + 45 000 € Affaire Reynouard emblématique ; peines souvent aménagées
🇧🇪 Belgique Loi du 23 mars 1995 1 an + 2 500 € Applicable aussi en ligne
🇨🇿 Rép. tchèque Code pénal § 405 3 ans Couvre aussi la négation des crimes communistes
🇵🇱 Pologne Institut de la Mémoire nationale (IPN) 3 ans Controversé : couvre aussi la responsabilisation de la Pologne dans la Shoah
🇨🇭 Suisse Art. 261bis CP 3 ans Jurgen Graf condamné en 1998 avant de fuir en Iran
🇱🇺 Luxembourg Loi du 19 juillet 1997 3 ans + 25 000 € Parmi les premières législations spécifiques en Europe
🇵🇹 Portugal Art. 240 CP 6 ans L’une des peines les plus lourdes de l’UE
🇷🇴 Roumanie OUG 31/2002 3 ans Couvre aussi la promotion des symboles légionnaires (fascistes)
🇮🇱 Israël Loi sur la négation de la Shoah (1986) 5 ans Premier pays à avoir légiféré spécifiquement sur ce sujet
🇱🇹 Lituanie Code pénal art. 170² 2 ans Couvre aussi le génocide soviétique
🇸🇰 Slovaquie § 422d CP 3 ans Adopté en 2001
🇳🇱 Pays-Bas Art. 137c CP 1 an + amende Application au cas par cas par la jurisprudence

Note : l’Italie (loi Mancino, 1993) et la Grèce disposent de législations partielles. Les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Espagne et la Scandinavie ne criminalisent pas le révisionnisme historique en tant que tel.

🌍 À noter : La décision-cadre 2008/913/JAI de l’Union européenne oblige tous les États membres à criminaliser l’incitation à la haine raciale, mais laisse une marge d’appréciation sur la négation spécifique de la Shoah. C’est pourquoi certains pays de l’UE n’ont pas de loi aussi explicite que la loi Gayssot française.

6. Un parcours judiciaire entamé en 1991

Les démêlés judiciaires de Vincent Reynouard remontent à 1991, lorsqu’il a été sanctionné pour avoir distribué des tracts niant l’existence des chambres à gaz directement auprès de lycéens.

Depuis, il a accumulé les condamnations pour :

  • Contestation de crimes contre l’humanité
  • Banalisation et minimisation de crimes de guerre (notamment le massacre d’Oradour-sur-Glane)
  • Provocation à la haine raciale
  • Diffusion de contenus révisionnistes sur internet

Depuis sa cellule écossaise, il avait lui-même anticipé, dans une lettre rendue publique, une détention totale de cinq ans ou plus, témoignant d’une pleine conscience de la récidive et de ses conséquences.

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Conclusion : un délibéré attendu le 26 mars 2026

L’affaire Reynouard illustre à la fois la persistance du révisionnisme en France et en Europe, et la détermination de la justice française à le poursuivre — y compris à l’international, via des procédures d’extradition parfois longues. La loi Gayssot, après 35 ans d’existence, reste un outil central mais également un sujet de débat dans les milieux juridiques sur ses limites et sa portée.

La décision de la cour d’appel de Paris, attendue le 26 mars 2026, marquera un nouveau jalon dans cette saga judiciaire. Elle dira si la juridiction d’appel entend durcir le message en suivant les réquisitions sévères de l’avocat général, ou maintenir les peines prononcées en première instance.

🔗 Pour aller plus loin :
📖 Notre dossier complet sur la loi Gayssot — fonctionnement, critiques, jurisprudence

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