✋ Ce qui a changé concrètement
Plusieurs tests menés par des journalistes et chercheurs fin juillet 2026 montrent que ChatGPT refuse désormais de reproduire fidèlement le style distinctif d’un auteur nommément identifié — que ce soit Ernest Hemingway, Charles Dickens ou des romanciers contemporains. Plutôt qu’un refus catégorique, l’assistant reformule sa réponse : il peut évoquer une « atmosphère » ou un « rythme narratif » proche du style demandé, mais explique explicitement qu’il ne cherche plus à reproduire « la voix distinctive » ou « le style propre » de l’auteur cité.
Le changement n’affecte pas la connaissance générale que le modèle a des œuvres de ces auteurs — il reste capable d’en parler, de les résumer ou de les analyser. C’est la génération de texte inédit imitant leur voix qui est désormais bridée.
⚖️ Pourquoi ce revirement, un an après le lancement
OpenAI fait face à plusieurs procès intentés par des auteurs et éditeurs qui accusent l’entreprise d’avoir entraîné ses modèles sur des œuvres protégées par le droit d’auteur sans autorisation ni compensation, et de permettre ensuite à ses utilisateurs de produire du texte qui imite directement le style de ces mêmes auteurs — un usage qui, selon les plaignants, s’apparente à une forme de contrefaçon dérivée. En limitant la capacité du modèle à reproduire un style reconnaissable à la demande, OpenAI cherche à réduire son exposition juridique dans ces contentieux en cours, sans pour autant modifier les données d’entraînement déjà utilisées — le cœur du litige initial.
💀 Auteurs vivants, auteurs morts : une frontière floue
Les premiers tests documentés en ligne suggéraient une distinction entre auteurs vivants (protection renforcée) et auteurs décédés (imitation encore tolérée). Des vérifications plus récentes indiquent que cette frontière se serait resserrée : la restriction semble désormais s’appliquer aussi à des auteurs disparus depuis longtemps, comme Hemingway, mort en 1961 — signe qu’OpenAI a probablement élargi le filtre au-delà de la seule question de la durée de protection légale du droit d’auteur (qui, en principe, s’éteint 70 ans après la mort de l’auteur dans la plupart des juridictions occidentales).
🔓 Les limites techniques de ce garde-fou
Comme souvent avec les restrictions appliquées a posteriori sur un modèle déjà entraîné, plusieurs utilisateurs ont rapporté pouvoir contourner le filtre en évitant de nommer explicitement l’auteur — en décrivant plutôt les caractéristiques de son style (phrases courtes, dialogues secs, sens du minimalisme pour un style à la Hemingway, par exemple) sans jamais prononcer son nom. Le filtre semble donc cibler la requête explicite nommant un auteur, pas la capacité sous-jacente du modèle à produire un texte stylistiquement proche — ce qui limite la portée réelle de la mesure comme rempart juridique.
📚 Ce que cela dit du rapport de force IA/édition
Cet ajustement s’inscrit dans une bataille plus large entre le secteur de l’édition et les entreprises d’intelligence artificielle générative, qui a déjà vu des accords de licence signés entre plusieurs grands groupes de presse et OpenAI d’un côté, et des procès en cours de l’autre pour les ayants droit qui refusent toute négociation à l’amiable. Le geste reste, pour l’instant, largement symbolique et réversible — une réponse tactique à la pression judiciaire plutôt qu’une refonte du modèle économique de l’IA générative, qui continue de s’appuyer sur des corpus d’entraînement massifs, y compris d’œuvres protégées, sans qu’un cadre de rémunération systématique des auteurs n’ait émergé à ce jour.
✅ Conclusion
La restriction imposée à ChatGPT ne règle en rien la question de fond soulevée par les procès en cours contre OpenAI : celle de l’utilisation d’œuvres protégées pour l’entraînement des modèles. Elle atténue seulement l’un des usages les plus visibles et les plus facilement documentables en justice — la génération à la demande d’un pastiche nommément attribué à un auteur précis. Le sujet rejoint des enjeux déjà traités par Liberta Press sur la fiabilité et le comportement des grands modèles d’IA, comme le montrait notre enquête sur ChatGPT, catalyseur inattendu de signalements au Royaume-Uni, ou notre article sur les cas documentés où l’IA apprend à mentir et résiste à l’arrêt.
📚 Sources
- Euronews — Copyright win: Sorry, ChatGPT won’t help you write like Hemingway anymore
- 01net — ChatGPT n’écrit plus à la manière de vos auteurs préférés
- Slashdot — ChatGPT Starts Blocking Direct Requests To Copy an Author’s Style
- Brief IA — OpenAI renforce ChatGPT contre les violations de droits d’auteur
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