Les députés au Parlement européen se sont accordé une allocation de présence exceptionnelle pour le samedi 9 mai — jour de la Journée de l’Europe. Pour percevoir 359 euros, il leur suffit de signer un registre. Aucune participation réelle aux événements n’est exigée. Une mesure qui fait grincer des dents, même en interne.
📋 Sommaire
1. Une dérogation inédite pour un samedi symbolique
L’allocation journalière de 359 euros est normalement versée uniquement les jours où les députés exercent effectivement leur mandat parlementaire — et exclusivement en semaine. C’est donc une première : un courriel interne daté du 6 mars 2026, signé par la députée française Fabienne Keller (Renew Europe), chargée des questions administratives au sein de la questure du Parlement, ouvre explicitement cette possibilité pour le samedi 9 mai.

Les élus n’auront qu’à signer le registre de présence pour percevoir la somme, même sans assister aux manifestations organisées à Bruxelles, Luxembourg ou Strasbourg. La décision concerne l’ensemble des 705 eurodéputés. Cela représente, au total, un potentiel de plus de 252 000 euros si tous les eurodéputés signent ce registre.
Le porte-parole du Parlement a justifié la mesure en rappelant que « la rencontre et l’engagement avec les citoyens font partie intégrante des fonctions parlementaires ». Un argument qui peine à convaincre, puisque aucune présence effective aux événements publics n’est vérifiée ni requise.
- Montant de la prime : 359 € par député
- Nombre de bénéficiaires potentiels : 705
- Coût total maximal : ~252 795 €
- Obligation de présence aux événements : aucune
2. Critiques internes et risque d’abus
Au sein même du Parlement, plusieurs sources ne cachent pas leur malaise. Un initié a déclaré, sous couvert d’anonymat : « Jean Monnet se retourne dans sa tombe. » Une formule qui en dit long sur l’embarras ressenti par certains élus face à cette décision, précisément en la journée censée célébrer les valeurs fondatrices de l’Union européenne.
Un autre député a pointé du doigt la facilité d’abus : « Il est incroyablement simple de jouer le système et d’empocher de l’argent pour ne rien faire. » Ces remarques traduisent un malaise plus large, partagé par une partie du personnel et des élus qui estiment que ce type de dérogation nuit à l’image des institutions.
En parallèle, un groupe de travail restreint tenait des réunions à huis clos la semaine précédant la révélation, pour discuter d’autres améliorations des avantages financiers des élus : remboursements de frais de voyage étendus et éventuelle revalorisation de l’allocation de présence pour tenir compte de l’inflation. Ces discussions restent confidentielles, ce qui ne fait qu’alimenter la méfiance.
3. La Journée de l’Europe : entre symbole et vitrine institutionnelle

La Journée de l’Europe commémore chaque année la Déclaration Schuman du 9 mai 1950, acte fondateur de la réconciliation européenne après la Seconde Guerre mondiale. En 2026, les événements sont prévus :
- Le 9 mai à Bruxelles et Luxembourg : portes ouvertes, visites de l’hémicycle, discours officiels.
- Le 17 mai à Strasbourg : activités pédagogiques, rencontres avec les citoyens.
En 2025, des milliers de visiteurs avaient parcouru les couloirs du Parlement, écouté des discours et participé à des ateliers citoyens. L’institution aime à se présenter comme proche du peuple lors de ces journées — un contraste saisissant avec la discrétion entourant la décision sur cette prime.
L’absence de contrôle strict sur la présence réelle aux événements laisse planer le doute sur l’effectivité du dispositif. Le porte-parole du Parlement a simplement rappelé qu’il s’agissait d’une « pratique standard ». Une formule lapidaire qui n’a pas suffi à clore le débat.
4. Une pratique qui interroge au moment des débats sur la transparence
Cette initiative s’inscrit dans un contexte plus large : le Parlement européen examine régulièrement — et discrètement — ses propres règles financières. Alors que les États membres, dont la France, traversent des périodes d’austérité budgétaire, de tels arrangements institutionnels alimentent une défiance croissante envers les institutions de Bruxelles.
Rappelons que le Parlement européen a déjà été éclaboussé par des scandales financiers : le Qatargate en 2022 avait mis en lumière des pratiques de corruption au sein même de l’institution. Si la prime du 9 mai est légale, elle n’en est pas moins symptomatique d’une culture du privilège que de nombreux citoyens peinent à accepter.
Aucune réaction officielle de Fabienne Keller n’a été obtenue à ce stade. Le débat reste ouvert jusqu’au 9 mai — date à laquelle les faits parleront d’eux-mêmes.
5. Ce que cela représente concrètement pour les Français
Pour mieux saisir l’ampleur de la somme, voici quelques points de comparaison avec la réalité économique en France :
- Le SMIC net mensuel en France s’élève à environ 1 426 € en 2026. Un eurodéputé peut ainsi toucher en une journée — sur simple signature — l’équivalent de 25 % d’un salaire minimum mensuel.
- Une journée de travail au SMIC horaire (10,65 € net) représente environ 85 € pour 8 heures. La prime du 9 mai équivaut donc à plus de 4 journées de travail au SMIC.
- Le revenu médian en France est d’environ 1 900 € net par mois. La prime de ce samedi correspond à près de 19 % du revenu médian mensuel d’un Français.
- Par ailleurs, les eurodéputés perçoivent déjà une indemnité parlementaire mensuelle de 10 075 € bruts, avant même tout calcul de frais ou allocations annexes.
À l’heure où le gouvernement français demande des efforts à tous les secteurs — fonctionnaires, retraités, bénéficiaires d’aides sociales — ce type de dérogation institutionnelle résonne particulièrement fort dans l’opinion publique française, traditionnellement méfiante à l’égard des élites de Bruxelles.
6. Conclusion
En autorisant une prime de 359 euros pour un simple geste administratif le jour de la Journée de l’Europe, les eurodéputés ont ouvert une brèche dans leurs propres règles de présence. Symbole d’engagement citoyen pour les uns, facilité d’enrichissement injustifiée pour les autres — la mesure révèle les tensions persistantes entre privilèges institutionnels et exigence de rigueur démocratique.
Le 9 mai, l’Union européenne célébrera ses racines et ses valeurs fondatrices. Elle le fera en permettant à ses élus de toucher une allocation exceptionnelle sans contrôle renforcé.

