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Gates, Hollande, Moscovici : un email d’Epstein de 2014 relance les questions sur les réseaux d’influence

La déclassification de documents liés à Jeffrey Epstein révèle des échanges impliquant des personnalités françaises. Entre faits avérés et zones d’ombre, décryptage d’une affaire qui interroge la transparence du pouvoir.

Le contexte : un email dévoilé en 2026

En février 2026, dans le cadre de la déclassification progressive de millions de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein par la justice américaine, un email datant d’avril 2014 refait surface. Ce message, échangé entre le financier américain Jeffrey Epstein, Bill Gates et Larry Cohen, mentionne explicitement des rencontres à Paris avec le président français François Hollande et l’ancien ministre Pierre Moscovici.

Jeffrey Epstein, décédé en 2019 dans des circonstances controversées, avait été condamné en 2008 pour sollicitation de prostitution impliquant une mineure. L’ampleur de ses connexions avec des élites politiques, scientifiques et économiques mondiales continue de susciter des interrogations légitimes sur l’étendue de ses réseaux d’influence.

Point important : À ce jour, aucune accusation criminelle n’a été portée contre les personnalités françaises mentionnées dans ces emails.

L’échange de 2014 : que disent réellement les documents ?

Le 2 avril 2014, Jeffrey Epstein envoie un court message à Bill Gates et Larry Cohen, proposant des introductions auprès du nouvel ambassadeur américain en France et de ministres français. Deux jours plus tard, le 4 avril, Bill Gates répond depuis l’aéroport alors qu’il part pour l’Indonésie.

Le contenu de l’email de Gates

EFTA01928217

À : Jeffrey Epstein [[email protected]] ; Larry Cohen [[email protected]]
De : Bill Gates
Envoyé : Vendredi 4 avril 2014 10:33:07
Objet : RE :

Je suis en route pour l’Indonésie, ce qui consiste principalement en deux semaines de vacances après avoir rencontré des philanthropes à Jakarta et à Singapour.

Mon séjour à Paris s’est bien passé. J’ai vu le Président qui s’est engagé à maintenir les aides qui nous tiennent à cœur malgré les coupes budgétaires.

J’ai également vu Moscovici qui n’est plus ministre des Finances mais une personne très impressionnante qui nous a beaucoup aidés.

Je me réunis sur le DAF le 29 avril – une semaine après mon retour.

De : Jeffrey Epstein [mailto:[email protected]]
Envoyé : Mercredi 2 avril 2014 11:29
À : Larry Cohen ; Bill Gates

Pas de nouvelles de vos gens depuis notre réunion ?? Nouvel ambassadeur en France et ministres si vous souhaitez une introduction.

Cet échange révèle que Bill Gates a rencontré François Hollande et Pierre Moscovici à Paris début avril 2014, dans un contexte où la France traversait une période d’austérité budgétaire. Les « aides » mentionnées ne sont pas précisées dans l’email, mais le contexte suggère des engagements liés à des programmes de santé publique ou de développement international.

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Les personnalités françaises mentionnées

François Hollande, président de la République (2012-2017)

En avril 2014, François Hollande était président depuis deux ans. L’email de Gates mentionne un engagement présidentiel à « maintenir les aides malgré les coupes budgétaires ». Dans le contexte de 2014, la France s’était engagée internationalement sur plusieurs fronts :

  • L’aide publique au développement (APD), avec un objectif de 0,7% du PIB
  • Les contributions au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme
  • Les initiatives de santé mondiale portées par des organisations philanthropiques comme la Fondation Gates

L’Élysée n’a pas commenté publiquement ces révélations à ce jour, et aucun élément ne suggère que ces engagements sortaient du cadre habituel de la diplomatie française en matière de développement.

Pierre Moscovici, ministre de l’Économie et des Finances (2012-2014)

Pierre Moscovici a occupé le poste de ministre de l’Économie et des Finances du 16 mai 2012 au 31 mars 2014, soit quelques jours avant l’email de Gates. Dans son message, Gates note que Moscovici « n’est plus ministre » mais reste « une personne très impressionnante qui nous a beaucoup aidés ».

En tant que ministre, Moscovici était l’interlocuteur naturel pour des discussions sur des engagements financiers français dans des initiatives internationales. Il deviendra commissaire européen aux Affaires économiques quelques mois plus tard, en novembre 2014.

Pierre Moscovici n’a pas répondu publiquement à ces révélations, mais rien dans l’email ne suggère des activités en dehors de son rôle ministériel officiel.


Le contexte philanthropique souvent omis

Un élément crucial souvent négligé dans les discussions autour de ces emails : le contexte dans lequel Bill Gates rencontrait Epstein à cette époque concernait principalement la mise en place d’un « Donor-Advised Fund » (DAF), un fonds de conseil aux donateurs pour optimiser la philanthropie à grande échelle.

Qu’est-ce qu’un Donor-Advised Fund ?

Un DAF est un véhicule philanthropique légal permettant aux grands donateurs de :

  • Centraliser leurs dons caritatifs
  • Bénéficier d’avantages fiscaux immédiats
  • Conseiller sur la distribution des fonds à des causes d’intérêt public
  • Coordonner des initiatives philanthropiques internationales

Dans l’email, Gates mentionne explicitement : « Je me réunis sur le DAF le 29 avril », confirmant que ses échanges avec Epstein s’inscrivaient dans ce cadre philanthropique.

Contexte important : Bill Gates a reconnu publiquement en 2021 avoir commis une « erreur de jugement » en rencontrant Epstein, expliquant qu’il espérait augmenter les ressources philanthropiques pour la santé mondiale. Il a affirmé n’avoir eu aucune relation commerciale ou sociale avec Epstein en dehors de ce cadre.

Les rencontres avec les gouvernements : une pratique courante

Pour contextualiser, les grandes fondations philanthropiques rencontrent régulièrement des chefs d’État et ministres pour :

  • Coordonner des initiatives de santé publique (vaccination, lutte contre les pandémies)
  • Aligner les financements publics et privés sur des objectifs communs
  • Discuter des engagements d’aide au développement

En France, la Fondation Gates collabore depuis des années avec le gouvernement français sur des initiatives comme Unitaid (mécanisme de financement pour l’achat de médicaments dans les pays pauvres) et Gavi (Alliance du vaccin).

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La résolution parlementaire de 2026

Face à ces révélations et à d’autres impliquant des personnalités françaises dans les documents Epstein, des députés de La France insoumise ont déposé la résolution n°2452 le 5 février 2026, demandant la création d’une commission d’enquête parlementaire.

Objectifs de la résolution

La proposition vise à :

  1. Examiner les connexions entre Jeffrey Epstein et des personnalités françaises (politiques, diplomates, monde des affaires)
  2. Vérifier si des pressions ou influences inappropriées ont été exercées sur des décisions publiques
  3. Évaluer la réponse des institutions françaises face aux signalements concernant Epstein
  4. Proposer des mesures pour renforcer la transparence et prévenir les conflits d’intérêts

Comment fonctionne une commission d’enquête parlementaire en France ?

Encadrées par l’article 6 de l’ordonnance n°58-1100 du 17 novembre 1958, les commissions d’enquête parlementaires sont des outils d’investigation à la disposition des députés. Voici leurs caractéristiques :

  • Pouvoir d’investigation : Elles peuvent convoquer toute personne, demander des documents, entendre des témoins sous serment
  • Limites : Elles ne peuvent pas enquêter sur des faits faisant l’objet d’une instruction judiciaire en cours
  • Durée : Maximum 6 mois
  • Composition : Représentation proportionnelle des groupes parlementaires

Chaque groupe parlementaire dispose d’un « droit de tirage » annuel pour créer une commission d’enquête, mécanisme qui garantit qu’une minorité peut lancer des investigations même sans majorité à l’Assemblée.

État d’avancement : La résolution a été déposée en février 2026. Son adoption et la mise en place effective de la commission d’enquête dépendront des débats parlementaires à venir et des procédures législatives.


Les questions qui demeurent

Malgré les éléments de contexte disponibles, plusieurs zones d’ombre persistent et justifient un examen approfondi :

Sur la nature des « aides » mentionnées

L’email de Gates mentionne des « aides qui nous tiennent à cœur » sans précision. Plusieurs hypothèses coexistent :

  • Engagements français pour le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme
  • Contributions à Gavi ou Unitaid, initiatives soutenues par la Fondation Gates
  • Financements pour des programmes de santé ou d’éducation en Afrique

Une clarification officielle permettrait de lever toute ambiguïté sur la nature exacte de ces engagements.

Sur le rôle d’Epstein dans ces interactions

Pourquoi Jeffrey Epstein apparaît-il comme intermédiaire dans ces échanges philanthropiques ? Plusieurs éléments de réponse :

  • Epstein se présentait comme conseiller financier pour ultra-riches et philanthropes
  • Il avait développé un réseau étendu dans les milieux scientifiques, politiques et économiques
  • Certains philanthropes espéraient utiliser ses connexions pour amplifier leurs initiatives, avant la pleine révélation de ses crimes

La question demeure : ces connexions ont-elles été exploitées à des fins autres que philanthropiques ? Aucun élément probant ne l’établit à ce jour pour les personnalités françaises mentionnées.

Sur d’autres personnalités françaises

Au-delà de cet email, d’autres documents déclassifiés mentionnent des connexions entre Epstein et d’autres figures françaises, notamment dans le milieu diplomatique et culturel. Ces cas méritent également un examen attentif pour établir la nature exacte de ces relations.

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Pourquoi la transparence est essentielle

Même en l’absence de preuves d’actes illégaux, cette affaire soulève des questions légitimes sur la gouvernance et l’intégrité des institutions publiques françaises.

Les enjeux démocratiques

Plusieurs principes fondamentaux sont en jeu :

  • Transparence des décisions publiques : Les citoyens ont le droit de savoir qui influence les choix budgétaires et politiques de leur gouvernement
  • Prévention des conflits d’intérêts : Les contacts entre décideurs publics et acteurs privés, même philanthropiques, doivent être encadrés et documentés
  • Responsabilité des élus : Les représentants doivent pouvoir rendre compte de leurs interactions et décisions
  • Protection de la souveraineté : Les décisions d’intérêt national ne doivent pas être indûment influencées par des réseaux privés

Comment les citoyens peuvent-ils agir ?

La mobilisation citoyenne peut contribuer à obtenir des réponses :

  1. Interpeller les élus : Contacter députés et sénateurs via les sites officiels de l’Assemblée nationale (www.assemblee-nationale.fr) et du Sénat (www.senat.fr) pour demander leur position sur la commission d’enquête
  2. Suivre les débats parlementaires : Les travaux parlementaires sont publics et accessibles en ligne, permettant de suivre l’avancement de la résolution n°2452
  3. Soutenir le journalisme d’investigation : Les médias indépendants jouent un rôle crucial dans la révélation et l’analyse de ces affaires complexes
  4. Exiger des réformes : Au-delà de ce cas spécifique, plaider pour des règles plus strictes sur la transparence des agendas officiels, la publication des déclarations d’intérêts, et l’encadrement des relations entre pouvoirs publics et philanthropie privée

Comparaison internationale

En France, contrairement à certains pays comme les États-Unis ou le Royaume-Uni, il n’existe pas de registre public obligatoire des rencontres entre ministres et lobbyistes. La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) supervise les déclarations d’intérêts et de patrimoine des responsables publics, mais son champ d’action reste limité.

À titre de comparaison, au Royaume-Uni, tous les ministres doivent publier trimestriellement leurs rencontres avec les représentants d’intérêts extérieurs. Une telle mesure en France renforcerait significativement la transparence.

L’équilibre entre transparence et efficacité gouvernementale

Il existe une tension légitime entre deux exigences :

  • D’un côté, les dirigeants doivent pouvoir mener des négociations diplomatiques et économiques avec une certaine confidentialité pour être efficaces
  • De l’autre, les citoyens ont le droit de savoir qui influence les décisions qui les concernent

Le défi démocratique consiste à trouver le bon curseur : suffisamment de transparence pour prévenir les abus, tout en préservant la capacité d’action des gouvernants. Des mécanismes comme la publication différée des agendas officiels ou des déclarations obligatoires a posteriori pourraient constituer des solutions pragmatiques.


Conclusion : entre faits avérés et questions ouvertes

L’email de 2014 entre Bill Gates et Jeffrey Epstein constitue un fait documenté qui mérite l’attention. Il révèle des interactions entre un financier condamné pour crimes sexuels et des personnalités françaises de premier plan, dans un contexte philanthropique certes, mais qui soulève des questions légitimes sur la transparence du pouvoir.

Ce que nous savons avec certitude :

  • ✓ Bill Gates a rencontré François Hollande et Pierre Moscovici à Paris en avril 2014
  • ✓ Des engagements sur le maintien d’aides budgétaires ont été évoqués
  • ✓ Ces échanges s’inscrivaient dans un cadre philanthropique (DAF)
  • ✓ Jeffrey Epstein servait d’intermédiaire ou de facilitateur dans ces contacts
  • ✓ Une résolution parlementaire demandant une commission d’enquête a été déposée en 2026

Ce qui reste à clarifier :

  • ? Nature exacte des « aides » promises par François Hollande
  • ? Raison précise de l’implication d’Epstein dans ces processus
  • ? Existence d’autres interactions non documentées
  • ? Impact réel de ces connexions sur les décisions publiques françaises

La commission d’enquête parlementaire, si elle voit le jour, pourrait apporter des réponses à ces interrogations. En attendant, le principe de présomption d’innocence s’applique : aucune accusation criminelle n’a été formulée contre les personnalités françaises mentionnées, et rien ne prouve à ce stade que les interactions révélées dépassaient le cadre de relations diplomatiques et philanthropiques normales.

Néanmoins, cette affaire rappelle l’importance cruciale de mécanismes de transparence robustes dans nos démocraties. Les citoyens français sont en droit d’exiger que la lumière soit faite, non par présomption de culpabilité, mais par principe de responsabilité démocratique.

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Sources et références

  1. Mediapart : « Diplomate français proche d’Epstein : treize ans de passivité du Quai d’Orsay en cause » — 12 février 2026
  2. Franceinfo : « Révélations, appels à la démission, convocation : comment Jack Lang se retrouve sous pression pour ses liens avec Jeffrey Epstein »
  3. Assemblée nationale : Proposition de résolution n°2452 visant à créer une commission d’enquête — Texte officiel déposé le 5 février 2026
  4. Vie Publique : « Qu’est-ce qu’une commission d’enquête parlementaire ? » — Fiche explicative
  5. Wikipédia : Commission d’enquête parlementaire en France
  6. The New York Times (2021) : Déclarations de Bill Gates reconnaissant son « erreur de jugement » concernant ses rencontres avec Jeffrey Epstein

Note éditoriale : Cet article a été rédigé en février 2026 sur la base des documents publics disponibles et des informations vérifiées. Les faits rapportés sont sourcés et vérifiables. Les analyses et interprétations reflètent une lecture factuelle des événements, sans présomption de culpabilité à l’égard des personnalités mentionnées. Toute évolution de l’affaire fera l’objet d’une mise à jour.

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