📋 Sommaire
- Introduction : Un tournant dans le contrôle numérique
- Le blocage de WhatsApp : une mesure de contrôle interne
- L’intelligence artificielle Lavender : un outil de ciblage massif
- Le rôle crucial des métadonnées de WhatsApp
- Les liens entre Meta et les services de renseignement israéliens
- Implications globales pour la vie privée et la sécurité
- Conclusion
- Sources
Introduction : Un tournant dans le contrôle numérique
En ce début d’année 2026, la Russie a franchi un pas décisif dans le contrôle de ses communications numériques en bloquant totalement l’application WhatsApp, utilisée par plus de cent millions de ses citoyens. Cette décision, confirmée par le Kremlin le 12 février, s’inscrit dans une stratégie plus large visant à promouvoir une messagerie nationale, MAX, dépourvue de chiffrement de bout en bout et plus aisément surveillable par les autorités.
Au-delà des justifications officielles invoquant le non-respect de la législation russe, cette mesure soulève des interrogations sur les vulnérabilités inhérentes aux plateformes étrangères, particulièrement en matière de métadonnées et de leur exploitation potentielle par des entités étatiques.
Ce blocage intervient dans un contexte mondial marqué par des révélations alarmantes sur l’utilisation de données issues de WhatsApp dans des systèmes d’intelligence artificielle (IA) controversés. Des enquêtes journalistiques ont mis en lumière comment ces métadonnées – informations sur les contacts, les groupes et les localisations, accessibles malgré le chiffrement des messages – alimentent des outils de ciblage militaire, exacerbant les risques pour la vie privée et la sécurité humaine.
Face à ces pratiques, la décision russe apparaît comme une réponse brutale à un problème global : la transformation des outils de communication quotidiens en instruments de surveillance massive, capable de causer des dommages irréparables. Cet article explore les faits vérifiés entourant cette actualité, en soulignant les implications éthiques et géopolitiques.
💡 Contexte français : En France, où WhatsApp compte environ 30 millions d’utilisateurs quotidiens (soit près de 45% de la population), un tel blocage aurait des répercussions majeures sur les communications personnelles et professionnelles. À titre de comparaison, l’application est aussi populaire en Russie qu’elle l’est en France, ce qui explique l’ampleur de la mesure.
Le blocage de WhatsApp : une mesure de contrôle interne
Le 12 février 2026, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a officiellement confirmé le blocage de WhatsApp sur le territoire russe, arguant d’une « réticence » de l’entreprise à se conformer à la loi nationale. Cette application, propriété de Meta (anciennement Facebook), a été accusée de favoriser des activités criminelles et terroristes, un prétexte similaire à celui utilisé pour restreindre Telegram quelques jours plus tôt.
En réalité, les autorités poussent les utilisateurs vers MAX, une plateforme étatique sans chiffrement renforcé, facilitant ainsi la surveillance des communications. Cette application, développée par l’opérateur russe VK (ex-Mail.ru), rappelle les tentatives de créer des alternatives nationales aux services occidentaux, une démarche comparable aux débats français sur la « souveraineté numérique » européenne face aux GAFAM.
Ce mouvement s’inscrit dans une escalade de la censure numérique en Russie, où YouTube et d’autres services occidentaux ont également été ciblés. Des voix dissidentes, y compris parmi les soldats engagés en Ukraine, protestent contre ces restrictions, soulignant l’utilité opérationnelle de ces outils pour l’échange d’informations rapides. Néanmoins, le gouvernement persiste, priorisant un « internet souverain » sous contrôle étatique.
ℹ️ Pour aller plus loin : Cette politique russe contraste fortement avec l’approche européenne incarnée par le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données), qui vise à protéger les citoyens contre la surveillance abusive tout en maintenant l’accès aux services internationaux.
Vue aérienne de quartiers dévastés à Gaza, symbolisant les conséquences dévastatrices de systèmes de ciblage automatisés.
L’intelligence artificielle Lavender : un outil de ciblage massif
Développé par l’armée israélienne, le système Lavender utilise l’IA pour analyser des données massives sur les 2,3 millions d’habitants de Gaza (une population comparable à celle de Paris intra-muros), attribuant à chacun un score de 1 à 100 indiquant la probabilité d’affiliation à des groupes armés comme le Hamas ou le Jihad islamique palestinien.
Ce programme, révélé en 2024 par le magazine +972, a marqué jusqu’à 37 000 personnes comme cibles potentielles, en se basant sur des indicateurs tels que :
- Les connexions sociales et appartenances à des groupes WhatsApp
- Les changements d’adresse ou de numéro de téléphone
- Les habitudes de déplacement et localisations géographiques
- Les patterns de communication et fréquences de contact
Complété par « Where’s Daddy ? » (littéralement « Où est Papa ? »), un outil de traçage qui localise les individus chez eux, Lavender priorise les frappes sur des résidences familiales, acceptant un taux d’erreur de 10% et des dommages collatéraux élevés – jusqu’à 15 à 20 civils par cible de bas rang.
⚠️ Mise en perspective : Pour comprendre l’ampleur, imaginez qu’un système similaire soit déployé en France, où chaque habitant d’une ville comme Lyon (environ 500 000 habitants) recevrait un score automatisé déterminant s’il constitue une menace. L’absence de supervision humaine adéquate transformerait cette technologie en machine à tuer indiscriminée.
Cette approche a contribué à des milliers de morts civils, transformant Gaza en un véritable laboratoire d’IA militaire avec une supervision humaine minimale.
Reportage : Comment Israël utilise l’intelligence artificielle pour identifier des cibles à Gaza
Vous appréciez notre travail ? Il est possible de nous soutenir sur cette page, la survie de notre média dépend de nos lecteurs, notre contenu est gratuit.
Le rôle crucial des métadonnées de WhatsApp
Bien que WhatsApp promette un chiffrement de bout en bout protégeant le contenu des messages, les métadonnées – qui incluent les appartenances à des groupes, les fréquences de contact et les localisations – restent accessibles à Meta et, potentiellement, aux autorités.
Dans le système Lavender, appartenir à un groupe WhatsApp avec une personne suspectée suffit à augmenter le score et à désigner une cible, exposant des civils innocents à des risques mortels. Cette mécanique rappelle la culpabilité par association, un principe juridiquement rejeté dans les démocraties occidentales mais appliqué ici de manière algorithmique.
💡 Exemple concret : En France, si un tel système était appliqué, être membre d’un groupe WhatsApp de quartier ou d’un groupe sportif avec une personne suspectée pourrait suffire à vous transformer en « cible potentielle ». C’est exactement ce qui se produit à Gaza avec Lavender.
Les vulnérabilités techniques exploitées
Des ingénieurs de Meta ont alerté sur des vulnérabilités permettant aux gouvernements d’exploiter ces données sans violer le chiffrement, alimentant ainsi des systèmes comme Lavender. Voici ce qui peut être collecté :
- Graphe social : Qui parle à qui, quand et à quelle fréquence
- Appartenance aux groupes : Liste complète des groupes WhatsApp et de leurs membres
- Données de localisation : Géolocalisation lors de l’utilisation de l’application
- Métadonnées d’appels : Durée, horaires, destinataires des appels vocaux et vidéo
- Informations d’appareil : Type de téléphone, adresse IP, modèle de connexion
Cette pratique met en péril la vie privée de milliards d’utilisateurs à travers le monde, transformant une application de messagerie en outil de surveillance indirecte. Selon les estimations, WhatsApp compte plus de 2 milliards d’utilisateurs actifs mensuels dans le monde, soit environ un quart de l’humanité.
Les liens entre Meta et les services de renseignement israéliens
Meta a recruté d’anciens officiers de l’Unité 8200, l’élite du renseignement militaire israélien (équivalent de la Direction du Renseignement Militaire française ou de la NSA américaine), pour des postes clés en modération et politique de contenu.
Des poursuites judiciaires aux États-Unis allèguent que l’entreprise a trompé les utilisateurs sur les protections de confidentialité, permettant un accès interne aux conversations malgré les assurances publiques de chiffrement total.
Palestiniens tentant de sauver des biens dans les ruines d’un immeuble résidentiel détruit par une frappe aérienne à Gaza.
Complicité involontaire ou tacite ?
Ces connexions soulèvent des soupçons sur la complicité involontaire ou tacite de Meta dans l’alimentation de systèmes d’IA comme Lavender, priorisant la collecte de données au détriment de la sécurité humaine. Les questions qui se posent :
- Meta savait-il que ses métadonnées alimentaient des systèmes de ciblage militaire ?
- L’embauche d’anciens membres de l’Unité 8200 crée-t-elle des conflits d’intérêts ?
- Les utilisateurs sont-ils suffisamment informés de l’exploitation de leurs données ?
- Existe-t-il des portes dérobées permettant l’accès direct aux métadonnées ?
À ce jour, Meta n’a pas fourni de réponses claires à ces interrogations, se contentant de réaffirmer son engagement envers la confidentialité tout en continuant ses pratiques de collecte massive de données.
Vous appréciez notre travail ? Il est possible de nous soutenir sur cette page, la survie de notre média dépend de nos lecteurs, notre contenu est gratuit.
Implications globales pour la vie privée et la sécurité
Les révélations sur Lavender et l’exploitation des métadonnées de WhatsApp illustrent comment les technologies numériques peuvent être détournées pour des fins destructrices, érodant la confiance dans les plateformes mondiales.
En Russie, le blocage de WhatsApp pourrait refléter une crainte similaire de vulnérabilités exploitées par des puissances étrangères, bien que motivé principalement par un désir de contrôle interne. Cette situation crée un paradoxe :
- D’un côté, les démocraties occidentales critiquent la censure russe
- De l’autre, des alliés occidentaux (Israël) exploitent ces mêmes technologies pour des opérations militaires controversées
- Entre les deux, les citoyens ordinaires se retrouvent pris au piège d’une surveillance généralisée
Le rôle du RGPD et de la régulation européenne
À l’échelle mondiale, ces pratiques appellent à une régulation renforcée des données, comme le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) en Europe, pour prévenir les abus et protéger les vies innocentes.
ℹ️ Contexte français et européen : Le RGPD, en vigueur depuis 2018, impose des obligations strictes aux entreprises collectant des données. Meta a d’ailleurs été condamnée à plusieurs reprises par la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) en France pour des violations. Toutefois, ces amendes (bien que s’élevant parfois à des centaines de millions d’euros) semblent insuffisantes face aux profits générés par la collecte massive de données.
Recommandations pour les utilisateurs
Face à ces enjeux, les experts en cybersécurité recommandent :
- Diversifier les outils de communication : Ne pas dépendre uniquement de WhatsApp (Signal, Telegram, Threema offrent des alternatives)
- Limiter les informations partagées : Être conscient que les métadonnées sont collectées même avec le chiffrement
- Utiliser un VPN : Pour masquer sa géolocalisation et son adresse IP
- Désactiver les sauvegardes cloud : Les sauvegardes WhatsApp sur iCloud ou Google Drive ne sont pas chiffrées de bout en bout
- Revoir régulièrement les paramètres de confidentialité : Limiter qui peut voir votre photo de profil, statut et dernière connexion
Conclusion
Le blocage de WhatsApp en Russie marque un tournant dans la géopolitique numérique, révélant les tensions entre souveraineté étatique et libertés individuelles. Couplé aux usages controversés de l’IA comme Lavender, qui repose sur des métadonnées accessibles via des plateformes comme WhatsApp, cet événement souligne l’urgence d’une vigilance accrue face à la surveillance massive.
Nous assistons à une double instrumentalisation des technologies de communication :
- Par des régimes autoritaires (Russie) pour contrôler l’information et réprimer la dissidence
- Par des démocraties occidentales et leurs alliés (via l’IA militaire) pour des opérations de ciblage aux conséquences humanitaires désastreuses
Sans réformes profondes – tant au niveau des entreprises technologiques que des cadres réglementaires internationaux – ces outils risquent de perpétuer des cycles de violence et d’érosion des droits humains, affectant des millions de personnes à travers le monde.
⚠️ Avertissement final : La technologie n’est jamais neutre. Chaque application que nous utilisons quotidiennement génère des données qui peuvent être exploitées à des fins que nous n’imaginons pas. La vigilance citoyenne et la pression sur les législateurs sont essentielles pour préserver nos libertés fondamentales à l’ère numérique.
Pour la France et l’Europe, cet épisode doit servir de rappel : la souveraineté numérique ne concerne pas seulement l’indépendance technologique, mais aussi la protection effective des citoyens contre la surveillance de masse, qu’elle vienne de corporations privées ou d’États étrangers.
Vous appréciez notre travail ? Il est possible de nous soutenir sur cette page, la survie de notre média dépend de nos lecteurs, notre contenu est gratuit.
📚 Sources
- Le Monde : Confirmation du blocage de WhatsApp par le Kremlin
- Franceinfo : Le Kremlin confirme le blocage de WhatsApp en Russie
- Euronews : La Russie retire WhatsApp et YouTube de l’internet souverain
- France Inter : Protestations contre les restrictions de Telegram et WhatsApp en Russie
- +972 Magazine : Lavender, l’IA dirigeant les bombardements israéliens à Gaza
- The Guardian : Israël utilise un outil d’IA pour la surveillance des Palestiniens
- Le Monde : Les crimes de guerre à Gaza démultipliés par l’IA
- YouTube : Israël utilise l’IA pour identifier des cibles à Gaza

