Google franchit un cap historique avec Auto Browse, un agent IA capable de naviguer et d’agir seul sur le web. Entre promesses d’efficacité et risques de sécurité, analyse d’une révolution qui redéfinit notre rapport au navigateur.
📋 Sommaire
Le 28 janvier 2026, Google a franchi une étape supplémentaire dans la fusion entre intelligence artificielle et navigation quotidienne. Avec Auto Browse, une nouvelle fonctionnalité intégrée à Chrome et propulsée par le modèle Gemini 3, le navigateur peut désormais agir de manière autonome pour accomplir des tâches complexes en ligne.
Réservation de vols, recherche d’appartements, gestion de notes de frais, achats avec codes promo : l’IA ne se contente plus de répondre ou de résumer, elle clique, remplit, compare et valide à votre place.
Cette avancée, réservée pour l’instant aux abonnés payants aux États-Unis, illustre une ambition claire : transformer le navigateur en agent exécutant, où l’utilisateur passe du rôle de conducteur à celui de superviseur. Mais derrière la promesse d’un gain de temps considérable se profilent des questions cruciales de responsabilité, de sécurité et de protection des données personnelles.
Comment fonctionne Auto Browse ?
Accessible via la barre latérale Gemini dans Chrome (version desktop), Auto Browse s’active lorsque l’utilisateur formule une requête impliquant plusieurs étapes. L’IA prend alors le contrôle d’un onglet dédié, effectue des clics invisibles, saisit du texte, fait défiler les pages et interagit avec les sites comme le ferait un humain.
✨ Exemples concrets démontrés
- Retrouver une veste achetée l’année précédente, dénicher un code de réduction, ajouter l’article au panier et finaliser l’achat
- Comparer des vols et hôtels sur plusieurs dates
- Remplir des formulaires administratifs
- Collecter des documents fiscaux
- Gérer des abonnements
🛡️ Supervision obligatoire pour les actions sensibles
Les paiements par carte bancaire, publications sur les réseaux sociaux ou toute opération impliquant un engagement financier ou personnel déclenchent une pause. L’IA affiche les étapes réalisées et sollicite explicitement la confirmation de l’utilisateur.
⚠️ Avertissement affiché : « Utilisez Gemini avec prudence et reprenez le contrôle si nécessaire. Vous restez responsable des actions de Gemini pendant les tâches. »
Disponibilité et conditions d’accès
La fonctionnalité est actuellement en déploiement progressif (preview) exclusivement :
- Géographie : États-Unis uniquement
- Abonnement requis : Formules payantes Google AI Pro et Google AI Ultra
- Plateforme : Chrome desktop (Windows, macOS, Chromebook Plus), version 144 minimum
Google n’a pas communiqué de calendrier précis pour une extension aux utilisateurs gratuits ou à d’autres pays. Le déploiement suit la stratégie habituelle de la firme : tests limités, puis élargissement graduel.
Risques et vulnérabilités soulignés
Malgré les garde-fous intégrés, Auto Browse soulève des inquiétudes sérieuses :
🚨 Vulnérabilité aux attaques par injection de prompts
Un site malveillant pourrait tromper l’agent IA et lui faire exécuter des actions contraires à l’intention initiale de l’utilisateur.
⚖️ Responsabilité transférée à l’utilisateur
Google insiste sur le fait que l’usager demeure pleinement responsable des actes commis par l’IA, même en cas d’erreur ou de manipulation.
🔐 Portée des données accessibles
L’agent utilise les informations personnelles connectées au compte Google, ce qui amplifie les enjeux de confidentialité si le système est compromis.
Ces points rappellent que l’automatisation agentique, aussi séduisante soit-elle, reste une technologie jeune, exposée à des failles encore mal maîtrisées.
Une course à l’agentic browsing déjà lancée
Google n’innove pas seul dans ce domaine. OpenAI (avec Atlas), Microsoft (Edge Copilot), Perplexity et d’autres acteurs proposent déjà des expériences similaires.
Chrome, avec sa part de marché dominante, pourrait toutefois accélérer la normalisation de la navigation déléguée à l’IA. Vivaldi demeure pour l’instant l’un des rares navigateurs grand public à refuser cette voie.
Conclusion
Auto Browse marque un tournant : le navigateur n’est plus seulement une fenêtre sur le web, mais un exécutant autonome capable de transformer une simple consigne en suite d’actions concrètes.
Le gain de temps potentiel est immense ; les risques de dérapage, de perte de contrôle et d’exposition accrue des données le sont tout autant. Google place l’utilisateur au centre de la chaîne de responsabilité, mais c’est bien l’ensemble de l’écosystème numérique qui se trouve redessiné.
À mesure que ces agents s’amélioreront, la question ne sera plus de savoir si nous déléguerons des pans entiers de notre vie en ligne, mais à quel point nous accepterons de le faire.

